À Yasser Arafat

Mon cher frère, et à nos frères bien-aimés, nous vous adressons nos salutations les plus chaleureuses.

Au moment où les soldats de la barbarie sioniste colonisent le Sud-Liban, comptant sur le soutien actif de l’impérialisme occidental et profitant du silence et de la collusion des forces réactionnaires arabes, et tandis qu’ils commettent le crime de génocide contre les peuples arabes palestinien et libanais, nous, auteurs de ces lignes, élevons notre cri, espérant qu’il vous parvienne au-delà du siège, pour dénoncer l’opération criminelle menée par Begin et sa bande.

Ceci est, encore une fois, une preuve historique supplémentaire de la nature du sionisme fasciste, instrument de destruction et de mort, inscrite dans la chair déchirée et gravée dans le sang versé de milliers d’Arabes palestiniens et libanais tombés en martyrs sous le feu des bombes.

C’est encore une fois un nouvel argument historique devant le monde sur la nature raciste du sionisme, qui cherche à exterminer le peuple palestinien, à l’image de la «solution finale» que le nazisme a poursuivie à l’égard des Juifs par le génocide.

Les masses de Juifs émigrés en Palestine, séduits par le sionisme, ont été transformées en bras armé d’un nouveau nazisme.

De Deir Yassin en 1948 à ce qui se passe aujourd’hui au Sud-Liban, en passant par Kafr Qasim et l’ensemble des territoires palestiniens occupés, de Guernica au Pays basque et Oradour-sur-Glane en France sous l’occupation nazie, jusqu’à Santiago du Chili en 1973 et My Lai au Vietnam, on retrouve la même logique, la même démarche, et la même barbarie impérialiste.

Au moment où l’impérialisme et le sionisme tentent d’éteindre la flamme allumée par la révolution palestinienne, nous réaffirmons à travers vous notre soutien absolu aux combattants palestiniens et libanais héroïques, porteurs des espoirs d’un avenir lumineux pour les peuples arabes et seule véritable chance d’une paix juste et authentique pour l’humanité dans cette région du monde.

Même si le but élevé de la révolution palestinienne semble reculer comme un joyau éclatant au cœur d’une nuit barbare, sa raison et sa grandeur resplendissent avec une clarté frappante.

Les crimes récents du sionisme ne prouvent-ils pas qu’il n’existe aucune possibilité de coexistence entre lui et la nation arabe ? Le conflit historique et civilisationnel entre la nation arabe, dirigée par la Palestine, et l’entité sioniste, prolongement de l’impérialisme dans son agression contre les peuples et instrument destiné à la liquidation du peuple palestinien en particulier, aboutira inévitablement à la destruction de l’entité sioniste. Ainsi, une nouvelle phase s’ouvrira dans l’histoire de l’Orient, l’un des berceaux de la civilisation humaine depuis l’Antiquité. Et, aussi longue et difficile que soit la route, la coexistence des musulmans, des juifs et des chrétiens au sein d’une Palestine démocratique, intégrée dans un peuple palestinien unifié, sera réalisée sur les ruines de l’entité sioniste.

La révolution palestinienne porte un double espoir, car elle ne libérera pas seulement la nation arabe du monstre prédateur qu’est le sionisme, mais elle délivrera aussi les Juifs de Palestine eux-mêmes de cette illusion mortelle et suicidaire.

La révolution palestinienne, sous la direction de l’Organisation de libération de la Palestine, seul représentant légitime du peuple palestinien, assiégée à Beyrouth par la barbarie sioniste et les milices fascistes, avec la participation des forces réactionnaires, et face à l’impuissance de la bourgeoisie arabe, constitue un phare pour la conscience palestinienne, arabe et humaine. L’impérialisme, en particulier l’impérialisme américain, et le sionisme tentent de l’éteindre.

Nous sommes pleinement convaincus que la révolution palestinienne sortira de la rude bataille que vous menez en ces moments critiques plus forte que jamais, et que la victoire finale sera l’alliée de la révolution palestinienne et des peuples arabes.

Frère Abou Ammar, en tant que révolutionnaires arabes, nous vous demandons, en votre qualité de Commandant en chef des forces armées palestiniennes, de nous considérer comme deux soldats de la révolution palestinienne, engagés dans le combat pour la libération de la Palestine.

Le peuple palestinien s’est levé et ne peut mourir ! Et c’est bien une révolution jusqu’à la victoire !

Abraham Serfaty et Sion Assidon

Prison centrale de Kénitra, le 19 juin 1982
Extrait du Bulletin marocain, 29 juillet 1982.[2]

Dans le champ des études juives marocaines et amazighes, une multitude d'étudiantes, de chercheures et de travailleurs de la mémoire affirment adopter une praxis anticoloniale dans leurs travaux, honorant ainsi l’héritage d’une solidarité enracinée dans les liens à la terre et à la culture entre ces communautés, tant durant la période coloniale que dans la lutte pour l’indépendance. C’est pourquoi nous – doctorantes travaillant sur ces sujets et engagées également dans des projets de préservation du patrimoine – nous attendions, après le début de la dernière offensive israélienne à Gaza, à voir nos collègues se mobiliser massivement contre le génocide perpétré par cet État. Au lieu de cela, nous nous sommes retrouvées isolées, accusées de manquer de nuance, et enjoints à la prudence après avoir signé des lettres appelant à un cessez-le-feu et exhortant les institutions d’études juives à prendre position. On nous a répété que poursuivre notre engagement dans les actions de solidarité avec la Palestine (dans lesquelles nous sommes impliquées depuis des années) risquait de compromettre notre avenir professionnel. L’une des lettres[3] que nous avons rédigées et signées a été mobilisée dans plusieurs campagnes accusant ses signataires de judéophobie et, dans certains cas, visant à les faire démettre de leurs fonctions universitaires aux États-Unis. Néanmoins, tous les signataires ont conservé leur poste – rappel sans doute que plus les voix dissidentes sont nombreuses, plus il devient difficile pour ceux qui détiennent le pouvoir de les réduire au silence.

Dans ce climat de complicité silencieuse avec le génocide et de confiscation de la parole sous couvert de « nuance », nous avons décidé de canaliser notre colère en rédigeant ce texte. Il défend l’idée que les héritages des mouvements culturels juif et amazigh marocains constituent une leçon de solidarité anticoloniale et antisioniste, et non l’inverse. Hélas, nombre de celles et ceux qui sont le mieux placées – étudiantes et chercheures en histoire du Maroc – pour rappeler que la situation actuelle n’a rien d’inévitable, se taisent encore publiquement.

Parce que nous avons été formées à mobiliser les récits historiques au service de la libération, cet article explore l’histoire plurielle de la solidarité entre Juifs et Amazighs du Maroc avec la Palestine, en retraçant ses racines dans la période postindépendance et ses défis contemporains. Cette exploration vise à éclairer les liens historiques profonds entre Juifs marocains, communautés amazighes (incluant des Juifs) et la cause palestinienne, ainsi que les manières dont ces liens sont aujourd’hui mis à mal.

Dans le Maroc postindépendance, les communautés amazighes et juives ont été perçues comme des groupes subalternes, marginalisés par le discours dominant du nationalisme arabe. Cette marginalisation a créé un espace commun de solidarité par la conservation culturelle, les deux communautés cherchant à préserver leur héritage face aux forces centralisatrices de l’État. Ce texte met en lumière comment leurs efforts patrimoniaux et culturels, notamment à travers le prisme de la solidarité avec la Palestine, relèvent d’une résistance collective contre les récits coloniaux et postcoloniaux.

Nous ouvrons avec une réflexion personnelle de la première autrice, cette contribution constituant en elle-même une forme d’expression de notre solidarité avec la Palestine. La discussion se poursuit par un retour sur le contexte historique, celui du Maroc postindépendance, dans lequel les mouvements patrimoniaux juifs et amazighs ont émergé, à travers certaines figures et moments-clés dessinant une vision d’un Maroc pluriel enraciné dans l’anticolonialisme et la solidarité avec la Palestine. Nous analysons ensuite comment certaines associations sionistes, en particulier dans le domaine du patrimoine, ont cherché à étouffer cet héritage en instrumentalisant le discours multiculturaliste et néolibéral sur le pluralisme. Nous évoquons aussi la manière dont ce discours se reflète dans la répression de la solidarité avec la Palestine au Maroc depuis octobre 2023, à travers l’incarcération de militantes et la censure des manifestations et grèves.

Suit une deuxième réflexion personnelle, celle de la co-autrice, qui ajoute une dimension introspective supplémentaire et donne à voir la manière dont une partie de la génération Z marocaine comprend la situation palestinienne à travers l’affirmation d’une identité anticoloniale et plurielle. Ces perspectives ne prétendent pas représenter toute la jeunesse marocaine, mais elles reflètent la voix de celles et ceux que l’État marginalise, et qui sont donc souvent exclues des projets patrimoniaux contemporains soutenus par l’État. Ces individus se tournent fréquemment vers les réseaux sociaux pour exprimer des points de vue alternatifs, généralement censurés ou écartés des espaces dominants.

Enfin, nous interrogeons des exemples d’individus et d’organisations qui perpétuent l’héritage de solidarité judéo-amazighe avec la Palestine, à travers l’analyse de plusieurs prises de position de militantes, chercheures, ou groupes comme BDS Maroc, fondé par l’ancien prisonnier politique et militant de gauche marocain Sion Assidon, lui-même d’origine juive et amazighe. Nous mettons en évidence le rôle de la génération Z dans l’émergence de nouvelles formes de résistance, marquées par des dynamiques numériques transnationales et le réinvestissement de l’expression culturelle amazighe comme outil de lutte. La conclusion œuvre à synthétiser ces éléments, en soulignant la dissonance non seulement entre la position officielle de l’État marocain et celle d’une fraction significative de la population marocaine, mais aussi entre certains individus et organisations engagés dans la préservation du patrimoine juif ou amazigh.

Réflexion de Jessie sur l’antisionisme juif et la normalisation au Maroc

Alors que je me préparais à m’installer au Maroc en octobre 2023, je passais, comme beaucoup à travers le monde, la majeure partie de mes journées rivée aux réseaux sociaux et à l’actualité, espérant que quelque chose, quelqu’un, ou une force quelconque arrêterait l’État génocidaire d’Israël dans l’exécution de ce qu’il annonce depuis longtemps vouloir faire[4] (et ce bien avant le gouvernement Netanyahu). J’espérais, sans trop d’illusions, que des individus et institutions marocaines engagés dans la préservation de l’histoire et du patrimoine juifs prendraient clairement position et dénonceraient la violence. Mais, dans l’ensemble, ce fut un silence assourdissant.

Mes attentes étaient malheureusement faibles, car j’observe depuis plusieurs années comment la mémoire juive au Maroc est, en grande partie, instrumentalisée pour justifier la normalisation avec l’État d’Israël. L’ironie tragique de cette situation réside dans le fait que le père même de la préservation du patrimoine juif au Maroc, feu le professeur d’université et ancien membre du Parti socialiste du Progrès et du Socialisme (PPS), Shimon Levy, plaidait pour la solidarité avec la Palestine et s’était battu pour l’indépendance du Maroc face au colonialisme.

Depuis octobre 2023, je n’ai vu aucune institution œuvrant à la préservation du patrimoine juif au Maroc appeler publiquement à un cessez-le-feu, encore moins dénoncer la violence génocidaire de l’État israélien. Bien au contraire, nombre de ces organisations s’efforcent activement d’éviter toute discussion qualifiée de « politique », tout en prétendant que leur travail relèverait d’un domaine apolitique.[5] Mis à part quelques individus, souvent basés hors du Maroc, il n’existe à ce jour aucune voix juive marocaine unifiée, sur le territoire marocain, qui s’élève contre les crimes contre l’humanité actuellement perpétrés en leur/notre nom.

Bien que j’aie toujours exprimé clairement mon antisionisme, après octobre 2023, plusieurs organisations et leurs représentantes ont soit cessé de me parler, soit posé des « conditions » pour continuer à échanger - à savoir que nous n’abordions pas « la politique ». L’ironie est bien sûr que beaucoup de ces personnes ne sont pas juives, alors que je le suis, et pourtant elles semblent présumer, dans ces conditions posées à notre dialogue, que l’État d’Israël et le sionisme sont synonymes de protection des Juifs et du judaïsme.

Ce sionisme imposé,[6] qui informe une grande partie du travail de préservation du patrimoine juif au Maroc aujourd’hui, trahit à la fois l’histoire riche de l’opposition juive marocaine au sionisme et les engagements de la gauche anticoloniale qui ont jeté les bases des premiers efforts de restauration à grande échelle des sites juifs dans le pays. Après l’indépendance, nombre de militants de gauche engagés dans les luttes anticoloniales ont encouragé l’exploration historique et littéraire du pluralisme marocain dans le cadre de la construction de la nation marocaine.[7] Dans les années 1980, plusieurs membres de la gauche marocaine ont commencé à plaider pour la restauration des sites culturels afin de participer à ce travail de fouille historique.[8]

Les écrits et actions du Parti du progrès et du socialisme (PPS) à cette époque témoignent de l’articulation entre la solidarité avec la Palestine et la préservation du pluralisme marocain, incluant les patrimoines juif et amazigh. Des membres juifs et amazighs influents du PPS, comme Mohammad Ferhat et Shimon Lévy, ont combattu le nationalisme panarabe exclusif en affirmant qu’une praxis anticoloniale au Maroc (et plus largement dans le Sud global) exigeait la défense du pluralisme linguistique, ethnique et religieux.

Durant les années 1980 et 1990, le journal du PPS, Al-Bayan, publia de nombreux articles sur les Juifs du Maroc, le judaïsme et la préservation du patrimoine, ainsi que peut-être la première chronique régulière d’un journal marocain consacrée à la culture, la littérature et les actualités amazighes, intitulée Spécial Tamazight. Aux côtés d’articles sur le judaïsme et les Juifs du Maroc ainsi que de textes en tamazight, figuraient des éditoriaux et tribunes en soutien à la cause palestinienne. Lévy utilisa le journal pour réfléchir à de nombreux problèmes touchant les Marocains de toutes confessions (comme la pauvreté) ainsi qu’aux efforts de préservation du patrimoine juif. Ces initiatives donnèrent lieu à la création de la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain en 1995, qui mena à la création du Musée du judaïsme marocain et façonna le paysage actuel de la restauration patrimoniale juive au Maroc. Mohammad Ferhat, directeur de Spécial Tamazight, écrivait régulièrement des éditoriaux sur la Palestine. Ce lien entre les causes amazighe, juive et palestinienne, tissé dans les pages d’Al-Bayan, contredit les récits actuels qui associent le succès des mouvements culturels juifs et amazighs au Maroc à un multiculturalisme néolibéral plutôt qu’au pluralisme anticolonial.

La plupart des institutions patrimoniales juives au Maroc aujourd’hui ne rendent pas justice à ce mouvement intersectionnel anticolonial à l’origine de la restauration des lieux de vie juifs dans le pays. En réalité, la plupart des nouveaux musées et archives juifs au Maroc n’abordent pas sérieusement la question de savoir pourquoi tant de sites juifs ont dû être restaurés. Cela impliquerait d’ouvrir la discussion sur les raisons du départ massif des Juifs marocains au cours du dernier demi-siècle, ce qui nécessiterait de confronter les effets du colonialisme et du sionisme au Maroc.[9]

Comme le travail actuel de préservation impose largement un silence sur les « questions politiques », les récits de résistance juive marocaine contre le colonialisme et le sionisme sont éparpillés dans des archives qui ne sont pas exclusivement dédiées au judaïsme, et donc, de fait, moins accessibles à ceux et celles qui cherchent à les consulter. Ces archives incluent des lieux comme les Archives du Maroc, où les pratiques d’acquisition et de programmation soulignent l’engagement de figures juives marocaines majeures pour le pluralisme anticolonial, comme l’écrivain Edmond Amran El Maleh ou encore Shimon Lévy. Elles incluent aussi ce que Brahim El Guabli appelle les « autres archives », c’est-à-dire des « lieux où résident les récits de celles et ceux que l’histoire et les archives traditionnelles ont laissés de côté. »[10] Ces autres archives incluent les documentaires de réalisatrices marocaines comme They Were Promised the Sea de Kathy Wazana, ou Ziyara de Simone Bitton, ainsi que des publications de gauche, comme le volume Palestine-Maroc dirigé par l’universitaire marocain Abdessamad Belkebir, ou un récent numéro de Souffles, revue marocaine décoloniale historique.[11]

Figure 1 : [Extrait en haut à gauche] « La communauté juive marocaine participe au deuil national. » Al-Bayan, 22 septembre 1982, p. 1 ; [Extrait en haut à droite] « Al-Jaliya Al-yahudiyya tusharek fi-l huzn ‘ala majzarat Sabra wa Shatila. » Al-Bayan, 22 septembre 1982 ; [Extrait en bas à gauche] « Burqiyya men ra’is a-ta’ifa al-yahudiyya ila jalala al-malik. » Al-Bayan, 22 septembre 1982 ; [Extrait en bas à droite] « La Communauté Juive du Maroc stigmatise la tuerie de Beyrouth. » Maroc Soir, 23 septembre 1982. Crédit : 6AP 40 « COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DU MAROC », Fonds Shimon Levy, Archives du Maroc.

Ces archives alternatives révèlent que le sionisme - et d’autres formes de colonialisme - ont déraciné les Juifs marocains de leur terre natale, tout en dépossédant les Palestiniens de la leur. Alors que les institutions du patrimoine juif émergent aujourd’hui dans une dynamique de plus en plus normalisatrice et silencieuse, je considère qu’il est de mon devoir, en tant que chercheuse et en tant que femme juive engagée pour la libération collective, de faire circuler ces histoires méconnues. Je vais à présent partager quelques exemples tirés de ces « autres archives », montrant comment des Juifs marocains ont relié leur lutte pour la liberté à celle du peuple palestinien et du peuple marocain au sens large.

Figure 2 : Images extraites des pages d’Al Bayane. Crédit : Annexe, Archives du Maroc.

Ces instantanés historiques inscrivent l’objectif de ce numéro, c’est-à-dire « dénoncer le génocide et la répression », dans une longue lignée interconfessionnelle et internationale, dans l’espoir de raviver la puissance transformatrice des histoires anticoloniales intersectionnelles.

Le premier texte que je souhaite partager est une déclaration publiée en 1961 dans le journal marocain Tahrir, l’une des premières réponses collectives juives publiques aux campagnes sionistes menées au Maroc. Signée par un groupe diversifié de Juifs marocains[12] venus de tout le pays, elle dénonce sans ambiguïté le sionisme sur plusieurs fronts : en tant que prolongement du colonialisme européen, en tant que mouvement raciste générant judéophobie et ségrégation, et comme instrument de déracinement des Juifs à leur patrie choisie, le Maroc :

Si des patriotes conscients ne se lèvent pas pour briser ce cycle infernal, où la méfiance engendre la méfiance, et si des voix ne s’élèvent pas des deux côtés pour sortir de ce conflit, où sionisme et antisémitisme se nourrissent mutuellement, notre pays pourrait se retrouver dans une situation préjudiciable à ses intérêts vitaux.[13]

Dès lors, nous, Juifs marocains signataires, pleinement conscients de notre devoir, croyons servir les intérêts suprêmes de notre pays, qui sont nos intérêts communs. Nous ne les séparons pas des intérêts véritables de la communauté juive au Maroc. Nous dénonçons publiquement et sans équivoque la propagande sioniste comme instrument du colonialisme et arme de division contre le peuple marocain tout entier. Nous protestons contre les actions des provocateurs sionistes qui exploitent les sentiments des Juifs marocains et leur profond désir de mener une vie digne, heureuse et sûre, pour les pousser à émigrer de leur patrie.

Musulmans et Juifs, nous devons unir nos efforts pour parachever notre indépendance nationale et créer les conditions d’une vie heureuse, fondée sur la démocratie, la prospérité et la sécurité pour tous.

Soucieux de défendre notre pays contre toute calomnie, nous dénonçons la campagne internationale lancée par des colonisateurs hypocrites contre le Maroc, visant à créer un climat de discrimination raciale à notre encontre, à ternir la réputation de notre pays et à séparer la communauté juive du reste du peuple.

Notre position ne provient pas d’un désir d’apaiser ou de plaire à qui que ce soit, mais des sentiments sincères de patriotes qui ont reconnu dans le Maroc leur seule patrie et ont agi en conséquence bien avant même l’indépendance.

Nous considérons aussi qu’il est de notre devoir de dénoncer avec la même vigueur toute manifestation d’antisémitisme. Nous déclarons que, dans le cadre de notre engagement national sincère, nous défendrons nos droits et nos libertés contre toute discrimination, convaincus que le Maroc est notre patrie et que personne ne peut nous l’ôter.[14]

Pendant longtemps, cette lettre n’était connue que de quelques spécialistes arabophones du Maroc, enfouie dans les archives de Tahrir ou dans des ouvrages peu diffusés comme celui de Belkebir. Bien que sa récente traduction anglaise en libre accès dans Souffles ouvre des perspectives de conscientisation, le potentiel transformateur de cette histoire de solidarité anticoloniale intersectionnelle restera limité si nous ne faisons pas l’effort actif de la diffuser, ainsi que d’autres témoignages similaires.

La déclaration de Tahrir marque la première de nombreuses prises de position publiques de Juifs marocains contre la violence israélienne. Parmi ses signataires les plus marquants figure l’écrivain Edmond Amran El Maleh, dont l’œuvre littéraire retrace les tragédies entremêlées de l’exode des Juifs marocains et du nettoyage ethnique des Palestiniens.[15] Un hommage récent rendu à El Maleh aux Archives du Maroc met en valeur plusieurs déclarations signées par lui et d’autres Juifs marocains. En 1996, par exemple, El Maleh, avec Abraham Serfaty et Sion Assidon, condamnait publiquement les massacres perpétrés par Israël à Gaza et au Liban. Leur déclaration, troublante d’actualité, disait :

L’État d’Israël est à nouveau saisi d’une folie meurtrière, poussant à l’extrême sa politique suicidaire de terreur, avec la complicité diplomatique et logistique active des États-Unis. Loin d’être des "dommages collatéraux", ces destructions et assassinats de civils sont au cœur du projet fondateur de l’État sioniste, que celui-ci s’efforce de ne jamais déclarer ouvertement.[16]

Aussi difficile à croire que cela paraisse aujourd’hui en l’absence d’une voix juive collective dénonçant publiquement les violences génocidaires israéliennes, il n’y a pas si longtemps, les institutions de la vie juive au Maroc s’inscrivaient dans la lignée de pensées d’El Maleh, Assidon et Serfaty. En 2009 par exemple, le Conseil des communautés israélites du Maroc exprimait une solidarité claire avec les victimes de Gaza :

Nous, Juifs marocains, sommes solidaires des victimes innocentes de Gaza et d’ailleurs… Depuis plus de deux semaines, les habitants de Gaza, pris au piège, sont écrasés sous les bombes, dans la destruction, le manque d’eau, de nourriture et la mort… C’est inacceptable et contraire à nos préceptes religieux… Le peuple marocain, y compris sa communauté juive… souffre profondément à la vue des nouvelles en provenance de Gaza. Les images de ces enfants palestiniens arrachés à la vie sont insoutenables.[17]

Ces témoignages, qui documentent la dénonciation juive marocaine des violences israéliennes, sont aujourd’hui conservés dans les papiers de Shimon Lévy aux Archives du Maroc. On y trouve des centaines de documents : déclarations, correspondances entre antisionistes juifs du monde entier, publications militantes. Il n’est pas surprenant que Lévy ait constitué un tel corpus, lui qui fut longtemps au service du PPS et pionnier de la préservation du patrimoine juif au Maroc. Ce qui est plus surprenant et qui doit être interrogé, c’est qu’aujourd’hui, les musées et archives juifs au Maroc ne transmettent pas ces histoires juives antisionistes, y compris, de façon flagrante, les mobilisations antisionistes qui ont justement rendu possible la conservation de ce patrimoine.

Figure 3 : « Le conseil des communautés israélites du Maroc exprime sa solidarité avec les victimes innocentes à Gaza. » MAP, 15 janvier 2009. Crédit : 6AP 40 « COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DU MAROC », Fonds Shimon Levy, Archives du Maroc.

Je conclurai cette tentative modeste d’archive alternative de la vie juive marocaine par les mots de Reuven Abergel, figure marocaine-israélienne des Black Panthers, interrogé par le journal de gauche Al-Ayam en décembre 2023. Tandis que le silence régnait dans la plupart des institutions patrimoniales juives, Al-Ayam et d’autres journaux militants occupaient l’espace vide avec une couverture titrée : L’autre visage [d’Israël] pour les juifs marocaines [al-wajh al-akhar lel-yahud al-maghariba].[18] Ce dossier soulignait l’existence de nombreux Juifs en Israël - notamment issus du monde arabo-berbère - qui tentaient activement de quitter le pays, après avoir été victimes du sionisme pendant des années.[19] Abergel nous rappelle fermement l’absurdité de croire que la normalisation aurait « reconnecté » les Juifs marocains d’Israël à leur pays d’origine : « Nos liens avec notre pays, le Maroc, n’ont jamais cessé. Ils continuent et se renforcent depuis toutes ces années. Nous n’avons nul besoin d’intermédiaires américains ou israéliens entre nous, notre roi ou notre mère-patrie. »[20]

Figure 4 : Dossier extrait des archives de Shimon Levy, intitulé « Mouvement Palestinien » ; sans date. « Juifs du Maroc ou Extra-Terrestres », Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain ; Iraqi Jews Speak for Themselves (1969), Dar al-Jumhuriyah Press, Bagdad ; N. Y., « M. Jacques Toledano témoigne : au Maroc, ‘un judaïsme de tolérance a bien vécu dans un pays d’Islam de tolérance’ », Al-Bayane, 20 mai 1991, p. 1–3 ; dessin dans les papiers de Shimon Levy représentant le symbole de « l’Union du Peuple Amazigh ». Crédit : 6AP 46 « CAUSE PALESTINIENNE », 6AP 43 « FONDATION CULTURELLE JUDÉO-MAROCAINE », 6AP 45 « ANTISIONISME », 6AP 40 « COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DU MAROC », 6AP 34 « LA CULTURE AMAZIGHE : MANIFESTATIONS CULTURELLES », Fonds Shimon Levy, Archives du Maroc.

Réflexion d’Ikbale sur la Tamazgha et la solidarité avec la Palestine

En grandissant, j’ai souvent été fascinée par les images à la télévision et les récits qui se déployaient à la maison comme dans la rue. Un souvenir marquant reste celui des images bouleversantes de Mohammad Jamal Al-Durrah, un garçon de 12 ans, abattu. Cette scène, diffusée à la télévision alors que je n’étais encore qu’une enfant, hantait mes nuits de cauchemars et nourrissait mes interrogations : la guerre viendrait-elle jusqu’à nous aussi ?

Ma mère se souvient de ma confusion et de mes peurs. J’entendais souvent les prières de mes parents, les appels de l’imam lors du prêche du vendredi ou des célébrations religieuses, tous implorant la sécurité et la victoire pour nos frères et sœurs de Palestine. Mon enfance baignait ainsi dans une toile de prières et d’espoirs, marquée par les réalités brutales de la violence coloniale.

À l’école et dans la rue, on distribuait des tracts montrant des images crues d’enfants blessés portés par leurs mères. On y listait des marques soutenant le sionisme, appelant au boycott. J’étais perplexe, parfois même frustrée, lorsque mes parents refusaient de m’acheter mes chocolats préférés à cause de ce boycott. Comment une simple tablette pouvait-elle contribuer à la souffrance de gens que je ne connaissais même pas ?

Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à entrevoir la situation dans son ensemble. Cette année-là, en 2009, une nouvelle guerre éclatait à Gaza. Dans ma ville, les gens sont descendus dans la rue pour réclamer la liberté pour la Palestine et la fin des violences. L’apprentie journaliste en moi voulait être sur le terrain, observer, raconter. Mais mon père, bien qu’il priait et boycottait Israël, refusa de m’y emmener. Il se méfiait des organisateurs, qu’il appelait les « barbus islamistes », les accusant de détourner la cause palestinienne pour servir leur propre agenda politique. J’étais troublée : pourquoi mon père, si religieux, désapprouvait-il d’autres croyants soutenant pourtant une cause qu’il chérissait lui aussi ? Le week-end, chez mon oncle, les promenades dans le parc voisin du complexe culturel Muhammad Jamal Al-Durrah[21] faisaient naître d’autres interrogations. Mon cousin aîné, « nerd » autoproclamé, m’expliquait la lutte palestinienne en arabe classique, ponctuant son discours de versets coraniques et de hadiths. Ses explications, bien qu’érudites, reprenaient le discours de ces « barbus » que mon père rejetait, ce qui ajoutait à ma confusion.

Cet été-là, en visitant la ville amazighe de ma famille dans le sud-est du Maroc, je renouai avec mes racines à travers des activités culturelles. Un jour, j’ai demandé à un formateur pourquoi il portait le drapeau amazigh sur l’épaule. Il m’expliqua avec passion que nous n’étions pas arabes, et que notre seule cause était celle des Amazighs. Son refus de parler arabe et son rejet catégorique de toute autre cause que la cause amazighe m’ont poussée à faire mes propres recherches.

Heureusement, j’avais désormais accès à un ordinateur et à Internet. Cet outil m’a ouvert un monde d’informations au-delà des filtres familiaux et amicaux. J’ai visionné des images de la guerre à Gaza, lu sur l’impact des boycotts internationaux, et compris peu à peu comment de petits sacrifices, comme renoncer à une barre de chocolat, pouvaient s’inscrire dans une cause plus vaste. J’ai aussi exploré les luttes amazighes et saisi pourquoi certain·es percevaient la question palestinienne comme une affaire exclusivement arabe.

J’ai alors vu évoluer les formes de solidarité. Mes camarades réalisaient des vidéos, écrivaient des chansons, lançaient de nouvelles modes, utilisaient des hashtags pour diffuser leurs messages. Cette nouvelle forme de résistance ne se limitait plus à une langue, une religion ou une appartenance ethnique. C’était une révolution numérique, un mouvement qui transcendait les frontières traditionnelles et touchait un public mondial.

Cette évolution de la résistance et de la solidarité, en particulier au sein de ma génération, mérite d’être racontée. Elle reflète les dynamiques changeantes de l’activisme et les manières innovantes dont la génération Z s’engage et transforme le monde. Voilà pourquoi cela me tient à cœur : c’est une histoire de découverte, de connexions, et du pouvoir des nouvelles formes d’expression dans la lutte pour la justice.

En échange de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara, le Maroc a signé les Accords d’Abraham en décembre 2020, reconnaissant l’État d’Israël et normalisant ses relations diplomatiques. Immédiatement après cette signature, des Marocaines sont descendues dans la rue pour protester contre cette décision politique et réaffirmer leur soutien à la cause palestinienne.

Malgré la position officielle de l’État marocain après cette normalisation, des mouvements de base, des organisations de la société civile et des individus continuent à militer pour une Palestine libre et à s’engager dans des formes sérieuses de boycott.[22] Ce décalage entre le discours officiel et le sentiment populaire conduit souvent à la répression étatique et à la censure de ces mouvements, notamment lorsqu’ils exigent l’annulation de la normalisation avec Israël. Cette pression étatique se manifeste par la répression des grèves, l’emprisonnement d’activistes et de citoyennes qui appellent à un cessez-le-feu à Gaza ou accusent l’État marocain de complicité dans le génocide contre les Palestiniens et de trahison de la cause palestinienne.

Depuis la normalisation, les visites de délégations israéliennes au Maroc se sont intensifiées, notamment avec l’ouverture d’un bureau de liaison israélien à Rabat et l’instauration de vols directs entre Tel Aviv et des villes marocaines comme Marrakech et Casablanca. Des groupes de touristes affluent dans le pays, et leur arrivée est largement couverte par les médias nationaux. Sur Internet, des groupes Facebook ont vu le jour pour promouvoir l’« amitié maroco-israélienne »[23], passant de discussions nostalgiques sur les familles juives marocaines à des récits en faveur de la normalisation. Ces groupes présentent désormais Israël comme un bienfaiteur facilitant le « retour » des Juifs marocains israéliens, occultant le contexte historique d’expulsion et de déracinement causé par Israël lui-même.

En matière de préservation du patrimoine, on observe aujourd’hui un fort investissement autour des sites juifs, avec d’importantes subventions américaines allouées à des organisations prêtes à promouvoir la normalisation sous couvert de conservation patrimoniale.[24] Pourtant, cet afflux de fonds porte atteinte aux efforts anciens, fondés sur la bonne volonté, de gardiens musulmans qui, historiquement, ont entretenu ces sites sans contrepartie financière ni agenda politique.[25] Cette instrumentalisation financière du patrimoine juif en modifie profondément la nature.

En tant que chercheuse travaillant sur la mémoire collective et la diversité ethnique au sein des communautés amazighes, j’ai observé un changement dans la manière dont mes recherches sont perçues. Des personnes âgées que j’interrogeais, autrefois empreintes de nostalgie en évoquant les communautés juives, questionnent désormais mes motivations financières, influencées par le climat politique et économique actuel.

Réactions et polarisation avant et après la normalisation au Maroc

Malgré le virage multiculturaliste néolibéral pris par de nombreuses organisations œuvrant à la préservation du patrimoine amazigh et juif, certaines continuent de défendre la justice pour la Palestine avec force et constance. Le collectif amazigh « Tamgherabit des Convergences Citoyennes » (CTCC ou Tada Tamghrabit) a publié en novembre 2023 une déclaration de soutien aux droits des Palestiniens, tout en condamnant ceux qui s’en prennent aux communautés juives marocaines sous prétexte de solidarité avec la Palestine.[26] Le CTCC a souligné l’impact dévastateur des violences en cours sur les civils de toute la Palestine historique, condamnant à la fois les attaques du 7 octobre et l’offensive israélienne qui s’en est suivie sur Gaza. Il a dénoncé les actions indiscriminées de l’armée israélienne, en violation du droit international humanitaire, visant les civils et détruisant les infrastructures. Le CTCC a également rejeté l’idée selon laquelle la solidarité avec les Juifs marocains devrait être conditionnée par un rejet du soutien à la cause palestinienne. Le collectif appelle à l’unité des Marocain·es dans la défense des droits humains et de la justice, tout en exhortant la communauté internationale à agir conformément à la Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige le retrait israélien des territoires occupés et la mise en œuvre d’une paix durable.

Tada Tamghrabit avance ainsi l’argument que la lutte pour les droits des peuples amazighs et juifs est intrinsèquement liée à celle des Palestiniens pour leurs droits et leur existence. Leur communiqué insiste sur l’universalité des droits humains, affirmant que les principes de justice et de dignité s’appliquent à tous, indépendamment de l’ethnie ou de la religion. Reconnaissant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, le collectif défend également l’obligation de soutenir d’autres groupes marginalisés, y compris les communautés amazighes et juives d’Afrique du Nord. Cette position est partagée par de nombreux militants amazighs, qui considèrent que la solidarité dans la défense des droits d’un groupe renforce la lutte collective contre l’oppression et la discrimination.

Le mouvement BDS Maroc incarne également cette solidarité, notamment à travers des figures comme Sion Assidon, ancien prisonnier politique et militant de gauche d’origine juive et amazighe. Assidon plaide pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions à l’encontre des grandes entreprises opérant dans les territoires palestiniens occupés, ainsi que des institutions israéliennes - comme les universités - qui participent à l’entreprise coloniale. BDS Maroc appelle les citoyens à boycotter des marques comme Carrefour, Coca-Cola, McDonald’s, Burger King et Nestlé. À l’instar de BDS à l’échelle mondiale, BDS Maroc s’oppose fermement aux actions du gouvernement marocain, en particulier à la mise en place de partenariats entre universités marocaines et institutions israéliennes. En mettant en lumière des collaborations comme celle entre l’Université polytechnique Mohammed VI et l’Université Ben-Gourion, le mouvement souligne la complicité des institutions académiques dans la perpétuation du régime d’apartheid israélien.[27] Il réclame l’arrêt immédiat de ces partenariats et exhorte les universités marocaines à s’abstenir de tout engagement avec l’État d’Israël. En parallèle, il rappelle que les universités marocaines ont historiquement été des bastions de savoir et de pensée critique, et invite la communauté universitaire à se mobiliser pour préserver ces institutions de toute forme de normalisation. Cette position illustre l’engagement inébranlable de BDS Maroc à contester les efforts de normalisation sur le plan institutionnel, dans le but d’isoler Israël politiquement et académiquement jusqu’à ce qu’il reconnaisse le « principe simple selon lequel les Palestiniens ont droit aux mêmes droits que le reste de l’humanité. »[28]

Le Front Marocain de Soutien à la Palestine et Contre la Normalisation (FMSPCN), qui regroupe une vingtaine de partis, syndicats et associations, souvent proches du Parti de la justice et du développement (PJD), joue également un rôle crucial dans la mobilisation en faveur de la Palestine au Maroc.[29] Face à l’aggravation de la crise humanitaire et à la reprise des bombardements israéliens sur Gaza, le FMSPCN a maintenu une mobilisation populaire significative. Il a notamment appelé à une marche nationale à Rabat le 24 décembre 2023, sous le slogan : « Le peuple marocain parle d’une seule voix : Halte à la guerre d’extermination, Halte à la normalisation. »

Les actions du FMSPCN visent à dénoncer le génocide en cours à Gaza, à condamner les destructions causées par les forces israéliennes et leurs alliés, et à exiger la fin de l’acheminement d’armes vers Israël. Le Front défend aussi les militants emprisonnés pour avoir exprimé leur opposition à la normalisation. Par exemple, en juillet 2023, Saïd Boukioud, un Marocain de 48 ans résidant au Qatar, a été arrêté à son retour au Maroc et condamné à cinq ans de prison et 40 000 dirhams d’amende (environ 3 700 euros), pour avoir « porté atteinte à la monarchie » dans une publication Facebook datant de décembre 2020, critiquant la reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël.

En plus d’organiser de grandes manifestations, comme celle du 10 décembre 2023, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, le FMSPCN continue de mobiliser des dizaines de milliers de personnes. Ces manifestations, organisées à Rabat et dans d’autres villes marocaines, sont marquées par la présence de drapeaux palestiniens et de pancartes appelant à la libération de la Palestine. Par ces actions coordonnées, le FMSPCN réaffirme son engagement sans faille en faveur de la cause palestinienne et contre la normalisation avec Israël.

Le rapprochement entre le Maroc et Israël dans le cadre des Accords d’Abraham négociés par les États-Unis n’a pas totalement étouffé les déclarations publiques de soutien du Maroc à la cause palestinienne. Le 11 octobre 2023, Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, a présidé une réunion urgente du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau ministériel, au Caire.[30] Cette réunion, coorganisée par la Palestine et le Maroc, visait à coordonner les réponses politiques à mettre en œuvre au sein du monde arabe et à l’échelle internationale pour faire cesser l’escalade dans les territoires palestiniens.

Dans son discours, Bourita a souligné la gravité de la situation, marquée par une violence extrême, des déplacements massifs et une crise humanitaire aiguë à Gaza. Il a appelé à une intervention internationale urgente pour protéger les civils et atténuer les souffrances causées par le blocus et les mesures répressives à Jérusalem et dans les territoires occupés.

De même, lors du « Sommet pour la paix » du 21 octobre 2023 au Caire, l’État marocain a réitéré son appel à une désescalade immédiate, à l’arrêt des effusions de sang et à la cessation des attaques militaires, afin de préserver les dernières possibilités de paix et de stabilité dans la région.[31] Les représentants marocains ont insisté sur la nécessité urgente de protéger les civils, conformément au droit international humanitaire et aux valeurs humanitaires communes. Le Maroc a également plaidé pour un acheminement rapide, sans entrave et suffisant de l’aide humanitaire vers Gaza. Il a rejeté fermement toute solution impliquant le déplacement ou l’expulsion des Palestiniens de leurs terres, tout en soulignant l’importance de garantir la sécurité des pays voisins.

Néanmoins, le Maroc est resté fidèle à l’un des éléments centraux des Accords d’Abraham - la reconnaissance de l’État d’Israël - en continuant de plaider pour une solution à deux États, avec un État palestinien sur les frontières de 1967, ayant Jérusalem-Est pour capitale.

Plus récemment, le 27 février 2024, lors de la 55e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, présidée par le Maroc, Nasser Bourita a réaffirmé la position de l’État marocain concernant un cessez-le-feu immédiat à Gaza :

Face à l’intensification des opérations militaires et à la dégradation de la situation humanitaire dans la bande de Gaza, le Royaume du Maroc réaffirme ses positions constantes et appelle à nouveau de manière urgente à un arrêt immédiat, global et durable de l’agression israélienne contre Gaza.[32]

Toutefois, en dépit de ces déclarations publiques de soutien à Gaza et à la Palestine dans les forums internationaux, régionaux et nationaux, les Accords d’Abraham ont ouvert la voie à des coopérations militaires entre le Maroc et Israël qui n’ont pas été (publiquement) suspendues. Par exemple, le Maroc devrait devenir un site de production régionale de drones via l’installation d’usines du groupe israélien Elbit Systems sur son sol.[33] Depuis le 7 octobre, plusieurs événements témoignent de la persistance de cet engagement bilatéral militaire - en contradiction avec les déclarations officielles de solidarité avec la Palestine.

Le plus notable d’entre eux : les 6 et 7 juin 2024, le Maroc a autorisé un navire de guerre israélien, en route des États-Unis vers Israël, à faire escale dans le port de Tanger, afin de se réapprovisionner en gaz et en vivres pour son équipage, en pleine guerre. Cette décision a suscité de vives critiques.

Le Front marocain pour le soutien à la Palestine et contre la normalisation, qui regroupe plusieurs organisations solidaires de la cause palestinienne, a ainsi vivement dénoncé cette décision.[34] Le groupe a pointé le silence du gouvernement face à cette escale, en contraste flagrant avec la position de l’Espagne, qui avait récemment bloqué l’entrée d’un navire de guerre israélien dans ses eaux. Madrid avait notamment refusé l’entrée au port de Carthagène, le 19 mai 2024, du cargo Marian Danica battant pavillon danois, soupçonné selon les médias espagnols de transporter 27 tonnes d’explosifs en provenance d’Inde à destination d’Israël.

La résistance numérique de la génération Z

Alors que les protestations de rue traditionnelles s’essoufflent, on observe une montée remarquable de l’activisme numérique, motivée à la fois par la nécessité et par la répression étatique persistante qui frappe les formes d’organisation en soutien à la Palestine, y compris les actions non violentes.[35] Face à la restriction croissante des espaces de contestation publique, de nombreuses personnes se tournent vers les plateformes numériques comme YouTube, Meta, Instagram et autres, considérées comme des espaces plus accessibles et relativement plus sûrs pour exprimer leur solidarité avec la Palestine. Cette évolution s’accompagne alors de formes d’engagement variées : partages de vidéos, interviews, créations artistiques numériques, infographies illustrant la crise humanitaire croissante à Gaza.

Depuis le Printemps arabe, les réseaux sociaux sont en effet devenus des outils puissants de démocratisation de l’information et de contestation des récits officiels dans la région. Ces espaces numériques ne servent pas seulement à l’expression personnelle : ils amplifient aussi les récits non filtrés, les témoignages de première main et les voix marginalisées souvent absentes des médias dominants. Les réseaux sociaux permettent en outre d’organiser des mobilisations collectives et de contourner les restrictions gouvernementales sur les rassemblements publics. Des hashtags comme #FreePalestine, #GazaUnderAttack, #AllEyesOnRafah, #StopIsraeliWarCrimes ou #SolidarityWithPalestine sont devenus des cris de ralliement en ligne, unissant des voix du monde entier en soutien aux droits des Palestiniens.

À côté des campagnes numériques, des symboles identitaires palestiniens - comme l’emoji pastèque, les couleurs du drapeau en photo de profil, les clés anciennes ou le keffieh - occupent une place centrale dans l’activisme en ligne. Ces signes visuels incarnent la solidarité et la résistance, en affirmant l’héritage palestinien, le droit au retour et la lutte en cours. Bien que ces images puissent être réduites à de simples gestes symboliques voire sujettes à une récupération commerciale, elles servent souvent de porte d’entrée vers un engagement plus profond, en complément des actions militantes sur le terrain. Cette créativité symbolique entretient la dynamique et étend l’impact de la mobilisation, créant un réseau de solidarité mondial qui transcende les frontières géographiques. Ainsi, au Maroc comme ailleurs, si l’activisme numérique ne remplace pas l’action politique, il constitue une stratégie parallèle pour contourner la répression et amplifier la lutte pour la justice et les droits humains en Palestine.

Sur TikTok, où la moitié des utilisateurs a moins de 30 ans, le hashtag #freepalestine a généré 31 milliards de publications, contre 590 millions pour #standwithisrael - soit plus de 50 fois plus.[36] Pour les natifs du numérique, en particulier la génération Z, Internet constitue leur principal champ de bataille contre les injustices. Bien que ces plateformes ne soient pas exemptes de censure, les Zoomers continuent de faire entendre leur voix face à l’injustice. Leurs publications critiquant Israël sont régulièrement signalées, bloquées, voire supprimées, mais cela ne les empêche pas de lancer des campagnes de boycott, de produire des capsules historiques sur l’occupation de la Palestine ou encore d’utiliser l’humour noir pour dénoncer l’indifférence globale envers la souffrance palestinienne.

Leur approche de la résistance est plurielle : ils établissent des liens entre les épreuves vécues par les Gazaouis et leurs propres luttes contre les systèmes politiques, les violations des droits humains et les atteintes aux libertés, y compris les droits des personnes LGBTQ+. Ces croisements entre les combats palestiniens et leurs réalités renforcent leur implication dans cette cause, faisant peut-être d’eux la première génération à en parler de manière aussi constante et ouverte depuis des décennies.

Une forme marquante de cette solidarité exprimée par la jeunesse amazighe marocaine, notamment la génération Z, est le festival Bilmawn, qui intègre désormais des symboles de solidarité palestinienne dans une tradition culturelle amazighe. Bilmawn, ou festival du Peau-Rouge en tamazight, est une ancienne célébration amazighe ayant lieu immédiatement après l’Aïd al-Adha. Durant ce rituel, une figure mythique est portée dans les rues par de jeunes participants vêtus de peaux de chèvres ou de moutons, qui dispensent bénédictions et éloignent les malédictions[37]. Ces dernières années, cette figure est parfois drapée du drapeau palestinien, tandis que les jeunes scandent « Free Palestine » en exécutant ces rites ancestraux. Cette fusion entre tradition amazighe et expression politique contemporaine témoigne d’une résistance enracinée et réinventée.

Les masques en peaux ont progressivement cédé la place à des maquillages professionnels ou à des masques burlesques, souvent porteurs de messages politiques, reflétant le soutien des participantes pour diverses causes. Dans les rues du Souss, les figures de Bilmawn arborent désormais des tatouages amazighs, les couleurs du drapeau amazigh et des keffiehs palestiniens, portés sur la tête ou autour de la taille comme symboles de force et de solidarité.

Cette année, à Agadir, les participantes ont peint leur visage aux couleurs du drapeau palestinien et brandi des drapeaux dans les rues. Ils ont associé le keffieh palestinien aux tatouages amazighs ancestraux, l’un des côtés du visage recouvert de keffieh, l’autre portant le mot amazigh tilelli, qui signifie « liberté », en soutien à la liberté palestinienne. Ce geste démontre que la solidarité marocaine avec la résistance palestinienne ne se limite pas aux grèves officielles ou aux espaces institutionnels. Elle émerge aussi dans des formes populaires, enracinées dans les convictions profondes de la jeunesse en la justesse de la cause palestinienne.

En peignant leurs visages avec des symboles amazighs et palestiniens, ces jeunes gardien·nes du patrimoine culturel amazigh affirment les liens universels entre peuples autochtones et proclament que la liberté véritable est collective.

Figure 5 Keeyvi, Hamza. @hamza_keeyvi. « Kantamana ma nkounsh… » (22 juin 2024). Tiré de : https://www.instagram.com/p/C8hm2Q7CZd4/?img_index=1.

Malgré les tentatives de certains responsables politiques et médias internationaux biaisés de les disqualifier comme naïfs, égarés, émotionnels ou déprimés, les Zoomers persistent. Ils appellent aux boycotts, aux cessez-le-feu, aux grèves, et désignent les responsables - qu’ils soient politiciens, décideurs, entrepreneurs ou célébrités. Ils démontrent au monde que l’on peut être juif, chrétien, musulman, ou issu de toute autre tradition religieuse ou culturelle, et défendre la justice et la fin des violences.

En conclusion, la réticence actuelle de certaines chercheurs et institutions travaillant sur ou au Maroc à prendre position pour la Palestine constitue une rupture profonde avec l’héritage riche d’activisme anticolonial et antisioniste ancré dans de nombreuses histoires juives et amazighes marocaines. Ces traditions incarnent un engagement inébranlable pour la préservation du pluralisme marocain à travers la solidarité avec les peuples opprimés du monde entier, nous rappelant que toute libération doit être intersectionnelle. Malgré les pressions à garder le silence - qu’il s’agisse de la peur des conséquences professionnelles ou d’accusations infondées de racisme (notamment de judéophobie) -, il est impératif de continuer à militer pour la justice et la paix, en s’inspirant des luttes de celles et ceux qui nous ont précédés. Les origines anticoloniales et antisionistes des mouvements culturels juifs et amazighs marocains sont une démonstration puissante que la situation géopolitique actuelle n’a rien d’inévitable et qu’elle doit être activement combattue. Reconnaître et embrasser cet héritage de solidarité, c’est répondre à une exigence éthique : celle de résister aux injustices et de soutenir la libération de tous les peuples, en particulier les Palestiniens, dans leur lutte pour mettre fin à la Nakba. En poursuivant notre engagement intellectuel et militant, notamment en empêchant l’effacement des histoires juives et amazighes de solidarité avec la Palestine, nous honorons ces héritages et contribuons à l’avènement d’un monde plus juste et équitable.

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[1] Cet article a été initialement publié en anglais dans un numéro special de Public Anthropology intitule « S’exprimer contre le génocide et la répression, » Public Anthropology 7 (mai 2025) : 280-304.

[2] Il s’agit de la traduction d’une version arabe de cette lettre qui figure dans le recueil édité par Abdessamad Belkabīr sur les liens et la participation du Maroc à la libération palestinienne. Belkabīr, A. (2021). Filastīn wa al-Maghreb: qaḍiyya wataniyya, p. 247-8. Al-Multaqā.

[3] https://mondoweiss.net/2023/10/jewish-studies-scholars-say-jewish-studies-must-demand-a-ceasefire/.

[4] Cable, U. (2022). Compulsory Zionism and Palestinian Existence: A Genealogy. Journal of Palestine Studies 51(2): 66–71; Khalidi, R. (2020). The Hundred Years’ War on Palestine: A History of Settler Colonialism and Resistance, 1912–2007. Macmillan Publishers.

[5] L’Association Mimouna, par exemple, n’a publié aucun communiqué après le 7 octobre. L’un de ses premiers messages postés à cette période fut consacré à la mise en lumière de personnalités engagées dans la lutte contre l’antisémitisme :

« #moROCCO M. Fernando Lottenberg, ancien président de la communauté juive du Brésil et commissaire de l’OEA chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, nous a honorés de sa présence lors de notre événement, où il a reçu une distinction bien méritée de la part de l’Association Mimouna. Ce prix salue son engagement indéfectible contre l’antisémitisme sur le continent américain. La détermination de M. Lottenberg et ses efforts incessants en faveur de la coexistence et de la compréhension mutuelle ont laissé une empreinte durable. Sa participation à l’exposition “Spiritual Tangier” à Tanger, ainsi que sa visite à Bayt Dakira à Essaouira, furent véritablement inspirantes, et nous sommes fiers de saluer l’ensemble de ses contributions inestimables.

#SpIRITUACTAnGIER #DIRENONALANTISÉMITISME #ASSOCIATIONMIMOUNA #UNISDANSLADIVERSITÉ »

Pour consulter davantage de publications de la Fondation Mimouna, voir : https://www.facebook.com/MimounaOfficial. De même, des institutions apparentées, telles que Bayt Dakira (établie à Essaouira), ont gardé un silence complet.

[6] Cable (2022).

[7] Ayache, G. (1979). Études d’histoire marocaine. Société marocaine des éditeurs réunis ; « Mulahadat hawla ‘al-huquq al-lughawiyya wa ath-thaqafiyya wa ma’had ad-dirasat al-amazighiyya’: thira’ ath-thaqafa al-wataniyya ‘unsar takwiya l-wahdat al-’umma », par Ahmed Boukiyudh, 1er janvier 1989, Al-Bayan, Annexe, Archives du Maroc, Rabat, Maroc ; « Les réformes constitutionnelles et les droits culturels », 23 juin 1992, Al-Bayane, Annexe, Archives du Maroc, Rabat, Maroc ; « Patrimoine culturel national : Entretien avec le poète amazigh Salhi TAHAR », 6 janvier 1993, Al-Bayane, Annexe, Archives du Maroc, Rabat, Maroc ;
« La ‘question berbère’ : les ‘racines’ et les ‘horizons’ », 13 avril 1993, Al-Bayane, Annexe, Archives du Maroc, Rabat, Maroc.

[8] Smith, S. (1996). Au Musée du Judaïsme Marocain. Fonds Simon Lévy, cote 6Ap 43, Archives du Maroc, Rabat ; Levy, S. (n.d.). La Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain. Fonds Simon Lévy, cote 6Ap 43, Archives du Maroc, Rabat ; Levy, S. (2006). Bulletin d’information de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain et du Musée du Judaïsme. Fonds Simon Lévy, cote 6Ap 43, Archives du Maroc, Rabat.
Levy, S. (2001). Bilan et perspectives : Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain, 9 février. Fonds Simon Lévy, cote 6Ap 43, Archives du Maroc, Rabat.

[9]  Al-Kohan, A. (2022). Rahil Al-Yahud Men Al-Maghreb: Qadaya wa Masarat. Slaiki Akhawayn.
Meddeb, A., & Stora, B. (2013). A History of Jewish-Muslim Relations: From the Origins to the Present Day. Princeton University Press.

[10] El Guabli, B. (2023). Moroccan Other-Archives. Fordham University Press, p. x.

[11] Wazana, K. (2013). They Were Promised the Sea. BiCom Productions.
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[12] Les signataires apparaissaient dans le document original comme suit : Abraham Serfaty, ingénieur en exploitation minière ; Youssef Levy, ministère des Travaux publics ; Roger Cohen, Banque nationale pour le développement économique ; Dr Al-‘Alouf, médecin (Khamiset) ; Dr Youssef Ben Dellak, médecin (Khoribga) ; Samuel Ben Harrosh, Bureau royal des phosphates ; Mlle Aflis Serfaty, secrétaire (Casablanca) ; Ralph Ben Harrosh, avocat (Casablanca) ; Rini Ouhana, attaché du Parquet ; Yehuda Azuelos, département financier extérieur (Rabat) ; Léon Al-Muallem, inspecteur financier (Rabat) ; Shimon Levy, professeur (Casablanca) ; Amran Al-Maleh, professeur (Casablanca) ; Ishak Levy, professeur (Casablanca) ; Kabay Eliahou, directeur d’école (Casablanca) ; Zerihen Samuel, enseignant (Casablanca) ; Rouimi Hajit, enseignant (Casablanca) ; Waknine Al-Bir, eau et électricité (Casablanca) ; Attar ‘Amran, ingénieur (Casablanca) ; Albume’ir, inspecteur des communications (Casablanca) ; ‘Amar Samuel, ingénieur (Casablanca) ; Fahima Al-’An, ingénieur (Casablanca) ; Jacque As-Sebagh, ingénieur (Casablanca).

[13] Sion Assidon a récemment réaffirmé cette observation selon laquelle le sionisme engendre l’antisémitisme, dans une interview datant de 2019. Voir : « Le ‘sionisme nourrit l’antisémitisme,’ selon le militant marocain Sion Assidon », Challenge, 3 mars 2019.
https://www.challenges.fr/societe/le-sionisme-nourrit-l-antisemitisme-selon-le-militant-marocain-sion-assidon_645804

[14] Nous avons traduit la version originale arabe de ce texte, qui a été republiée dans Belkebir (2021, p. 264-265). Une nouvelle traduction en anglais figure dans le récent numéro de Souffles intitulé « Morocco’s Palestine ». Voir : https://www.soufflesmonde.com/posts/moroccan-jews-statement-against-displacement-1961

[15] Mdahiri-Alaoui, A. (s.d.). Tendances de la littérature marocaine actuelle : l’exemple de E. A. El Maleh et A. Serhane.
https://www.limag.com/Textes/Manuref/MdarhriMalehSerhane.htm

[16] « Edmond Amran El Maleh : une forte présence sur la scène culturelle nationale », décembre 2023, Archives du Maroc, Rabat.

[17] « Assemblée Générale du 28 juin 2009 », 28 juin 2009, cote 6Ap 43, Fondation Culturelle Judéo-Marocaine, Fonds Simon Lévy, Archives du Maroc, Rabat.

[18] Al-Regragui, A. (2023). « Al-Wejh Al-Akher lel-yahoud al-maghariba b-Israel », Al-Ayam, 13 décembre, p. 12.

[19] Pour en savoir plus sur la manière dont le sionisme a marginalisé les communautés mizrahies et séfarades, voir Shohat, E. (2017), « Les Séfarades en Israël : le sionisme du point de vue de ses victimes juives », dans On the Arab-Jew, Palestine, and Other Displacements : Selected Writings of Ella Shohat, sous la direction d’Ella Shohat, Pluto Press, p. 37–76.

[20] Al-Regragui, 2023, pp. 13-14.

[21] En octobre 2024, il a été annoncé que le Complexe culturel Muhammad Jamal Al Durrah à Agadir serait remplacé par une antenne de l’Institut National des Beaux-Arts, basé à Tétouan (voir Slimani, M., 2024, « Iqbar markab thaqafi hayawi b-Agair », Al-Akhbar, 15 octobre). La suppression du nom de Muhammad Jamal Al Durrah du site a suscité des critiques (voir n.a., 2024, « Intiqadat l-taghyir ism al-markab athaqafi Jamal Al-Durrah b-Agadir », Al-Islah, 17 octobre).

[22] Newsroom. (2020). « Souveraineté du Maroc sur le Sahara / normalisation des relations Maroc-Israël : le communiqué du cabinet royal », TelQuel, 10 décembre. https://telquel.ma/2020/12/10/souverainete-du-maroc-sur-le-sahara-normalisation-des-relations-maroc-israel-le-communique-du-cabinet-royal_1704411
n.a. (2021). « Moroccan Normalization with Israel: Temporary Deal or Permanent Peace? », Arab Center Washington DC, 8 juillet. https://arabcenterdc.org/resource/moroccan-normalization-with-israel-temporary-deal-or-permanent-peace/; Lechheb, I. (2024). « Survey: 98% of Moroccans support Palestinian cause, oppose normalization with Israel », Hespres English, 15 décembre. https://en.hespress.com/98400-survey-98-of-moroccans-support-palestinian-cause-oppose-normalization-with-israel.html#google_vignette; Al-Quwaiti, S. (2025). « ‘Maghrebiyyat dhid at-tatbi’a’: mubadira nisawi’a l-da’m falastin », Aljazeera Net, 28 février.

[23] Voir, par exemple :
https://www.facebook.com/aamicup ;
https://www.facebook.com/hanoukha ;
https://www.facebook.com/groups/3174978142825400 ;
https://web.facebook.com/groups/535016609913844/.

[24] Malheureusement, de nombreux rapports des principales agences de financement, telles que USAID, ne sont plus accessibles au public (voir, par exemple, le message actuel signalant l’indisponibilité de ces ressources sur le site de « USAID Dakira », qui finançait spécifiquement des travaux sur le patrimoine juif au Maroc : https://pdf.usaid.gov/pdf_docs/PA00Z6ND.pdf). La fiche d’information de USAID Dakira est quant à elle toujours disponible, à ce jour (3 mars 2025), à cette adresse : https://assets.highatlasfoundation.org/uploads/Dakira-Factsheet_February-2023.pdf.

[25] Pour en savoir plus sur cette longue tradition de préservation du patrimoine juif, voir Bitton (2021).

[26] Voir : https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=1052307756167135&id=100041637617549&mibextid=ox5AEW&rdid=bf4CdE4fgiX18CtZ&share_url=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fshare%2Fp%2FJzSB9esfbrznJWu6%2F%3Fmibextid%3Dox5AEW

[27] Wind, M. (2024). Towers of Ivory and Steel. Verso.

[28] Il s’agit de la mission explicite du mouvement BDS à travers le monde. Pour plus d’informations, voir : https://www.bdsmovement.net/what-is-bds

[29] Aublanc, A. (2023). Morocco’s normalization of relations with Israel jeopardized by war, Le Monde, 17 octobre. https://www.lemonde.fr/en/le-monde-africa/article/2023/10/17/morocco-s-normalization-of-relations-with-israel-jeopardized-by-war_6180014_124.html

[30] Voir : https://diplomatie.ma/en/mfa-nasser-bourita-chairs-extraordinary-session-arab-league-council-level-foreign-ministers-developments-palestine

[31] Voir : https://diplomatie.ma/en/mfa-nasser-bourita-represents-hm-king-mohammed-vi-summit-peace-cairo

[32] n.a. (2024). Morocco Calls for Immediate End of Israeli War on Gaza, Agence Marocaine de Presse, 27 février. https://www.mapnews.ma/en/actualites/politics/morocco-calls-immediate-end-israeli-war-gaza

[33] Aublanc, A. (2024). Morocco to become rare military drone manufacturer, thanks to cooperation with Israel, 9 mai. https://www.lemonde.fr/en/le-monde-africa/article/2024/05/09/morocco-to-become-rare-military-drone-manufacturer-thanks-to-cooperation-with-israel_6670920_124.html

[34] https://www.facebook.com/photo.php?fbid=881174627367903&set=pb.100064261226671.-2207520000&type=3

[35] Voir, par exemple, le cas d’Ismail Lghazaoui et d’autres : El Atti, B. (2025). “Morocco court frees pro-Palestine BDS activist Ismail Lghazaoui after international outcry”, The New Arab, 5 février.

[36] Jennings, R. (2023). “TikTok isn’t creating false support for Palestine. It’s just reflecting what’s already there”, Vox, 13 décembre.

[37] Pour en savoir plus sur ce festival, voir Hammoudi, A. (1993). The Victim and Its Masks: An Essay on Sacrifice and Masquerade in the Maghreb. University of Chicago Press.