En 1997, Mobutu mourut en exil et fut enterré au Maroc Ainsi prit fin son règne de trente-deux ans sur le Zaïre. Si peu de pays étaient disposés à l'accueillir, alors même qu’il était atteint d’un cancer de la prostate à un stade avancé, le roi Hassan II du Maroc fit exception. Ce soutien témoignait de la relation personnelle que Mobutu avait développée avec le roi Hassan II au fil des années. Le roi Hassan II s'était en effet également tenu à ses côtés vingt ans plus tôt, en 1977 et 1978, par l’envoi de ses troupes afin d’aider au maintien du régime de Mobutu, lorsque le Zaïre fut secoué à deux reprises par une invasion des rebelles du Katanga venus de l'Angola voisin, lesquels ont occupé certaines parties de ce qui s'appelait alors la province du Shaba (anciennement connue sous le nom de Katanga). L'armée de Mobutu, en pleine déroute, avait alors été incapable de repousser les forces d'invasion. Mais Mobutu survécut à cet assaut en faisant appel à des soutiens internationaux, dont le principal était le roi Hassan II. L'arrivée des soldats marocains en 1977 s’avéra décisive pour repousser les rebelles vers l'Angola. Un an plus tard, en 1978, après une nouvelle incursion, les Français et les Belges envoyèrent leurs troupes au Shaba. Les Marocains constituèrent l'épine dorsale de l'une des premières forces africaines internationales de maintien de la paix après que les rebelles eurent été chassés pour la deuxième fois.

De nombreuses recherches ont été menées sur cet épisode particulier, également connu sous le nom de guerres de Shaba. Cependant, la plupart d'entre elles se concentrent sur la manière dont elles s'inscrivent dans la dynamique de la guerre froide et le rôle des États-Unis de l'URSS, de Cuba(1)  et de la France(2). Plus récemment, d'autres ont abordé ce sujet du point de vue des rebelles du Katanga (3). Ce dernier article reflète la tendance croissante à mettre l'accent sur le rôle joué par les pays, les acteurs non étatiques et les élites du Sud dans l’orientation des actions des superpuissances de la guerre froide(4). Il s'inscrit dans la lignée des travaux universitaires récents sur le Moyen-Orient dans le contexte de la guerre froide(5). Cependant, les études sur la politique étrangère marocaine sont rares et se concentrent sur le conflit du Sahara occidental(6),  les relations du Maroc avec l'Europe(7) ou la dynamique de rivalité maghrébine entre la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc(8). Ces analyses sont précieuses pour mieux appréhender la dynamique régionale et les relations avec le monde occidental, mais elles ne nous aident pas à comprendre les politiques à l'égard de l'Afrique subsaharienne.

En ce qui concerne les interventions de 1977 et 1978, il n'existe actuellement aucune étude expliquant pourquoi le Maroc a envoyé ses troupes et s’est autant impliqué dans un conflit à l'autre bout du continent, ni pourquoi le Maroc est intervenu à ce point au Zaïre en particulier et non dans d'autres conflits. Les articles consacrés aux invasions du Shaba soulignent le rôle central des troupes marocaines dans le maintien du régime de Mobutu et attribuent souvent les motivations du roi Hassan II à trois facteurs : l’attachement de l’Organisation de l’unité africaine au principe d’intégrité territoriale(9), son orientation anticommuniste(10) et la volonté de rallier les États africains à la cause marocaine concernant le Sahara occidental(11). Bien que succinctes, ces analyses ont le mérite d’aller plus loin que les articles qui se contentent de mentionner l'envoi de troupes(12) ou bien ceux qui dépeignent les acteurs extérieurs comme de simples marionnettes de Mobutu en sortant les Marocains et les Français de son chapeau diplomatique comme un magicien, Mobutu a pu survivre »(13), peut-on ainsi lire). D'autres ont mis en avant le fait que l'envoi de troupes marocaines au Zaïre a contribué à renverser la résistance au sein de l'administration du président Carter à la vente d'armes au Maroc(14).

Cet article se distingue des travaux universitaires précédents en ce qu'il place les relations entre le Maroc et le Zaïre au centre de son propos. La thèse centrale de ce texte est ainsi que l'intervention particulière du Maroc au Zaïre trouve ses racines dans les liens historiques entre les deux nations, qui remontent à la période qui fait immédiatement suite à l'indépendance. Cette intervention est trop souvent expliquée par le contexte spécifique de la guerre froide, ce qui occulte entièrement le rôle historique joué par le Maroc au Zaïre/Congo. Pour comprendre le succès de cette intervention, il faut tenir compte de cet aspect historique. Hull y fait allusion(15), mais sans donner plus de détails. Comme nous le verrons plus loin, l'implication du Maroc s'est alors étendue au-delà de l'envoi d'un grand nombre de troupes pour la mission de l'ONU en 1960 et a inclus des contacts directs avec les principaux décideurs du Congo nouvellement indépendant, au premier rang desquels Mobutu. La connaissance que le Maroc avait du Zaïre s'explique en partie par cette première mission congolaise de 1960-1961, à laquelle le jeune État marocain prit part.

Cette thèse ne vise pas à minimiser la dynamique de la guerre froide à l'œuvre en 1977 et 1978. Je soutiens cependant que l'intervention au Zaïre fut possible parce que le Maroc connaissait le terrain et qu'il existait une certaine affinité entre les dirigeants des deux nations. Cela n'a évidemment pas empêché le roi du Maroc d'utiliser cette intervention dans ses relations avec les États-Unis. Mais à moins de reconnaître la dimension historique, on ne peut expliquer pourquoi le Maroc est intervenu au Zaïre et non, par exemple, en Angola. Cela explique également pourquoi le Maroc a représenté le noyau de la force interafricaine en 1978, après la deuxième guerre du Shaba – et ce, malgré la réticence persistante de Washington à fournir au Maroc l’armement de pointe qu'il avait demandé un an auparavant. Une lecture attentive des archives diplomatiques américaines, en particulier en ce qui concerne la chronologie des événements, montre que malgré les efforts du Maroc au Zaïre, l'administration Carter est en effet restée hésitante quant à la livraison des armes demandées. Ce n'est qu'après l'intensification de l'activité soviéto-cubaine en Éthiopie, l'invasion soviétique de l'Afghanistan et la chute du Shah d'Iran que le président Carter est revenu sur sa décision. Le malaise dans les relations avec les États-Unis se reflète également dans les nouveaux agencements de coopération internationale en matière de sécurité qui ont contourné Washington. L'une d'entre elles, le « Safari Club », a rarement retenu l'attention des chercheurs. Cet article vise à éclairer la manière dont l'intervention marocaine s'inscrit dans le contexte de l’un de ces agencements entre la France, le Maroc, l'Égypte, l'Arabie saoudite et l'Iran.

Cet article explique donc, à travers une perspective historique, les motivations qui ont poussé le souverain marocain Hassan II à soutenir un autre dirigeant africain et contribue ainsi à une meilleure compréhension de la coopération entre dirigeants du Sud. Il cherche également à mettre en évidence les ramifications politiques internes de cette intervention au Maroc tout en la replaçant dans le contexte de la guerre froide et de la coopération en matière de sécurité à travers le Safari Club. Enfin, il enrichit  l'historiographie du Zaïre et de la guerre froide, qui s'est jusqu'à présent concentrée soit sur le Zaïre et ses problèmes internes dans le contexte de la guerre froide, soit sur les principaux acteurs occidentaux et communistes pendant les crises du Shaba.

Cet article s'appuie sur des archives diplomatiques américaines, britanniques et françaises, ainsi que sur des journaux officiels et d'opposition marocains. Malheureusement, l'accès aux archives diplomatiques marocaines n’a pas été possible. Cependant, les journaux officiels donnent un aperçu des déclarations des responsables et du roi Hassan II. Les journaux indépendants permettent de se faire une idée de la pensée des forces d'opposition, tout en tenant compte du fait que les articles critiques sur la politique étrangère étaient alors risqués. La deuxième section de cet article explore le contexte historique, tandis que la troisième section est consacrée aux deux interventions au Shaba en 1977 et 1978. Les quatrième et cinquième sections replacent cette intervention dans le contexte de la guerre froide, de l'émergence du Safari Club et des négociations américano-marocaines en matière d’armement.

Une relation historique : récit de deux régimes

Le Maroc et le Congo ont accédé à l'indépendance à peu près à la même période, le Maroc en 1956 et le Congo en 1960. La transition vers l'indépendance s'est déroulée de manière relativement ordonnée au Maroc, contrairement au Congo, où d’importantes forces de l'ONU ont été nécessaires pour stabiliser le pays. C'est par sa participation à cette force internationale que le Maroc a joué un rôle central dans cet épisode de la politique congolaise post-indépendance. Dans cette section, je me concentrerai principalement sur la première année de l'indépendance et sur la manière dont le commandant des troupes marocaines de l'ONU a joué un rôle déterminant dans le renforcement de la position de Mobutu à l'automne 1960.

Les premières années de l'indépendance marocaine ont été marquées par une lutte de pouvoir entre les deux forces qui ont mené la lutte pour l'indépendance contre les Français et les Espagnols. La monarchie s'est opposée au parti Istiqlal (Indépendance). Sous le règne du roi Mohamed V, la monarchie a réussi à prendre le dessus sur le mouvement nationaliste en utilisant deux tactiques importantes. La première consistait à placer la monarchie au centre des institutions politiques nouvellement créées et à maintenir le palais au-dessus des querelles politiques. Parallèlement, grâce à des nominations et à des manœuvres habiles, la monarchie a réussi à diviser les nationalistes en une aile plus conservatrice et une aile plus à gauche.

La deuxième tactique s'est avérée décisive, avec des implications considérables pour le rôle que le Maroc allait jouer au Congo. Le roi Mohamed V prit en effet le contrôle des moyens de violence, c’est-à-dire la police, l'armée et le ministère de l'Intérieur. Dans le mois qui a suivi l'indépendance, la monarchie mit en place une force de police composée d'anciens membres de la police coloniale. Elle plaça également l’armée sous son contrôle, qui était composée à la fois d'éléments de l'armée coloniale et d'éléments de l'Armée de libération(16). Parmi les officiers coloniaux figurait le général Ben Hammou Kettani, qui était le général marocain le plus haut gradé de l'armée française(17). Les Forces armées royales (FAR) étaient dirigées par le prince héritier Hassan. Avec son père et le général Kettani, le prince héritier Hassan mena une politique de renforcement de la position des anciens officiers coloniaux. Un gel des promotions instauré par Kettani au cours des trois premières années suivant l'indépendance empêchait les officiers subalternes, en particulier ceux issus de l'Armée de libération, d'accéder à des postes supérieurs au sein de l'armée. Les officiers coloniaux, dont certains étaient entachés par leur ancien rôle dans la lutte contre les nationalistes, étaient loyaux au palais et désireux de réprimer toute tendance de gauche au sein de l'armée. Il en résulta une armée apolitique dirigée par un corps d'officiers issus des forces coloniales françaises, conservateurs dans leurs opinions et fidèles à la monarchie(18). C'est ce même général Kettani qui dirigea les troupes marocaines au Congo dans le cadre de la mission de l'ONU. Les relations qu'il noua avec le jeune et inexpérimenté Mobutu allaient s'avérer importantes pour l'ascension future de celui-ci à la tête du Congo. Les cinq premières années de l'indépendance congolaise furent marquées par la violence, les ingérences étrangères et les soulèvements sécessionnistes, qui ont finalement conduit à l'assassinat(19) du premier Premier ministre élu, Patrice Lumumba, en janvier 1961. Les mois qui se sont écoulés entre juin 1960 et l'assassinat de Patrice Lumumba ont été décisifs pour l'ascension de Mobutu, qui allait finalement prendre le pouvoir en 1965.

La Belgique se retira du Congo à l'été 1960 sans avoir adéquatement préparé les Congolais aux effets de la décolonisation, sans véritable plan pour une transition vers l'indépendance. Les Congolais n'avaient aucune expérience en matière de gouvernance et comptaient peu de diplômés universitaires. En l'absence d'un mouvement nationaliste unifié et d'une lutte pour l'indépendance qui aurait servi de terrain d'entraînement aux politiciens, les quelques hommes politiques qui émergèrent après l'indépendance n'avaient pas la même expérience que certains de leurs contemporains africains plus connus. Une semaine après l'indépendance, des parties de l'armée se soulevèrent contre leurs officiers belges. Face au désordre qui régnait dans le pays, les Belges revinrent officiellement pour protéger leurs citoyens encore présents dans le pays. Ce faisant, ils aidèrent également le Katanga, sous la direction de Moïse Tshombe, à faire sécession, onze jours seulement après l'indépendance. Des troupes de l'ONU furent envoyées en juillet afin de faire face à l'insécurité dans le pays. Lumumba chercha à maintenir l'unité du Congo, à réprimer les mouvements rebelles dans diverses régions et à mettre fin à la sécession du Katanga, le plaçant en opposition avec Tshombe. De plus, à la fin de l'été 1960, le conflit entre Lumumba et le président Joseph Kasavubu s’accentua(20). L'appel lancé par Lumumba aux Soviétiques pour obtenir du matériel militaire afin de faire face aux différentes révoltes fit de lui un homme dangereux aux yeux de l'Occident et du secrétaire général de l'ONU. Ainsi, la crise dépassa la simple opposition entre factions congolaises, elle fut d’emblée douée d’un caractère international, tant que l'ONU et les pays occidentaux se sont progressivement rangés contre Lumumba(21). L'objectif principal des États-Unis était alors de parvenir à un Congo uni sous une direction pro-occidentale, et ils fournirent alors la majeure partie du financement et du soutien logistique à la mission de l'ONU, qu’ils tentèrent d'utiliser pour atteindre leurs objectifs politiques ou tout du moins « pour s'en sortir sans encombres »(22). Les choses ne se sont pas déroulées si simplement. Après avoir perdu la bataille politique dans la capitale et tenté de fuir vers son fief, Lumumba fut capturé au début de l'année 1961, transféré au Katanga et remis à ses ennemis, parmi lesquels Tshombe. La réputation des États-Unis fut alors entachée par leur rôle indirect présumé et leur complicité dans le meurtre brutal de Lumumba.

Tout au long de la crise congolaise, le Maroc, en tant que l'un des principaux membres militaires de la force de l'ONU, resta fidèle à l'ONU, et donc indirectement à la ligne américaine. Par l'intermédiaire du groupe de Casablanca[2], le Maroc plaida en faveur d'un rôle plus actif de l'ONU et de la nécessité de recourir aux forces de l'ONU pour mettre fin à la sécession du Katanga. Le groupe de Casablanca se rangea du côté du Premier ministre Lumumba(23). Toutefois, si le Maroc était idéologiquement plus proche de Lumumba, il ne le soutint pas aussi fortement que d'autres nations africaines(24). Ses troupes étaient stationnées dans différentes parties du pays, notamment au Katanga et, fait intéressant, dans la ville minière de Kolwezi, qui allait devenir le point d’incandescence maximale des guerres du Shaba de 1977 et 1978(25). Outre les troupes fournies à la mission de l'ONU, le Maroc envoya également des fonctionnaires expérimentés pour aider à diriger le pays après l'indépendance(26).

Avec l'arrivée des forces et des conseillers étrangers, et au milieu des querelles incessantes des politiciens, c'est un jeune homme, Joseph Mobutu, qui allait tirer le meilleur parti de la situation. Il noua des liens avec les États-Unis, en particulier la CIA, avec la Belgique et certains officiers de l'ONU, dont le principal était le général marocain Kettani. Mobutu était un ancien journaliste et le secrétaire particulier de Lumumba lors des pourparlers à Bruxelles avant l'indépendance. Il avait auparavant servi dans la Force publique, où il avait atteint le grade de sergent. Lumumba le nomma chef d'état-major de la nouvelle armée congolaise après l'indépendance, alors qu'il n'avait que vingt-neuf ans. En tant que protégé de Lumumba, il avait du mal à changer de camp et à rejoindre le président Kasavubu, malgré ses inquiétudes croissantes concernant les actions de Lumumba au cours de l'été 1960. En septembre, il avait gagné le respect du commandant de l'ONU, le général van Horn, et du commandant des troupes marocaines, le général Kettani(27),  à qui Lumumba avait demandé de réorganiser l'armée congolaise(28).  La nomination de Kettani fut approuvée par les États-Unis ; il figurait sur la liste des personnes que les États-Unis souhaitaient voir occuper ce poste(29).

Au cours des premiers mois de sa mission, Kettani parvint à nouer des liens étroits avec Mobutu. Les Américains savaient que Mobutu faisait confiance à Kettani et se confiait à lui. Mobutu le considérait comme son conseiller militaire et son meilleur ami, tandis que Kettani entretenait avec Mobuto une relation quasi filiale(30).  En tant que mentor, Kettani exhorta Mobutu à suivre une voie similaire à celle qu'il avait empruntée après l'indépendance du Maroc, à savoir maintenir la neutralité de l'armée tout en essayant de trouver une solution politique stable(31). Il semble que le général Kettani eut effectivement une influence sur Mobutu, étant donné que ce dernier suivit initialement son conseil de maintenir l'armée congolaise à l'écart de la crise politique entre Kasavubu et Lumumba (32). Tandis que la lutte entre le président et le Premier ministre atteignait son paroxysme début septembre 1960, l'ONU craignait que les troupes congolaises basées à Léopoldville ne prennent parti ou ne se livrent à des pillages. Kettani joua un rôle déterminant en veillant à ce que leurs arriérés de salaire soient payés afin d’empêcher les soldats de descendre dans la rue(33). Avant de débloquer les fonds, les États-Unis furent également consultés et approuvèrent le transfert(34). Grâce à ces paiements, Mobutu réussit à renforcer sa position au sein de l'armée et put commencer à compter sur une loyauté fondée non seulement sur l'appartenance ethnique commune avec certaines sections de l'armée, mais aussi sur le clientélisme. Le général Kettani assista à une cérémonie militaire le 10 septembre et les fonds furent versés. Cependant, Mobutu craignait toujours que certains membres de l'armée ne se retournent contre lui et demanda donc à être transféré dans le camp de l'ONU, dans une maison voisine de celle du général Kettani, pour des raisons de sécurité. Ce dernier accepta, dans l'espoir que cette proximité lui permettrait d'exercer une plus grande influence sur Mobutu(35).

Contrairement au conseil qui lui avait été donné de rester en dehors de la politique, quatre jours après avoir payé les troupes avec l'argent de l'ONU, Mobutu organisa son premier coup d'État, proposant une voie de sortie de l'impasse du conflit entre Lumumba et Kasavubu. Mobutu dissolut le parlement et installa un collège de commissaires, dans un geste qu'il considérait comme une « neutralisation des politiciens ». En réalité, il avait créé un troisième pôle de pouvoir, à côté des factions Lumumba et Kasavubu. Son incursion dans la politique échoua, car il ne disposait pas de la force nécessaire pour aller jusqu'au bout et imposer sa solution (36). Quelques jours plus tard, il survécut à une tentative d'assassinat après avoir été prévenu, probablement par la CIA. Mobutu avait invité son assassin potentiel chez lui et, au cours d'une bagarre, un pistolet fut dégainé. Des gardes marocains et ghanéens de l'ONU réussirent à venir à son secours(37).

Bien qu'il n'ait pas réussi à s’imposer politiquement en 1960, Mobutu était sur la voie de devenir un acteur important de la politique congolaise. On ne sait pas exactement dans quelle mesure l'ONU, et plus particulièrement Kettani, était au courant de sa tentative de coup d'État du 14 septembre. Quoi qu'il en soit, « il faut reconnaître que, quelle qu'ait été son intention, l'action des Nations unies consistant à payer les troupes de Léopoldville le 10 septembre contribua largement à renforcer l'autorité de Mobutu et à rendre le coup d'État possible » (38). Il semble donc que « le Maroc, par l'intermédiaire de son général Kettani, ait été l'inspirateur, sinon l'architecte, de la tentative de coup d'État de compromis de Mobutu » (39).

Ce n'est qu'en 1965 que Mobutu réussit à s'imposer comme le leader incontesté du Congo. Comme en 1960, il intervint après un nouveau blocage entre le président Kasavubu et, cette fois-ci, le Premier ministre Tshombe. Bien que  les forces de l'ONU et l’armée congolaise eussent expulsé les Katangais en 1963(40), Tshombe et ses troupes furent rappelés pour aider l'armée congolaise à faire face à un autre soulèvement dans une autre partie du pays. En échange, Tshombe fut nommé Premier ministre. L'armée congolaise parvint à réprimer la rébellion avec l'aide de mercenaires et des gendarmes du Katanga. Seul un petit groupe resta dans l'est, dirigé entre autres par Che Guevara et Laurent Kabila, qui renversera Mobutu en 1997. Les États-Unis et la Belgique approuvèrent cette stratégie et ont apporté diverses formes de soutien tout au long de sa mise en œuvre (41). Le retour des rebelles du Katanga s’avéra efficace. Cependant, la présence de Tshombe au sein du gouvernement devint un handicap. Plusieurs pays africains s’opposèrent à sa participation au sommet de l'OUA. Dans un rare élan d'unité, l'Algérie et le Maroc s’opposèrent tous deux à Tshombe, le roi Hassan s'exclamant dans un discours radiodiffusé à la nation : « Comment peut-on imaginer que moi, représentant de la conscience nationale de mon pays, je puisse m'asseoir à une table de conférence ou à un banquet avec l'homme qui incarne la sécession ? Comment pourrait-on imaginer que moi, Hassan II… je puisse observer une minute de silence à la mémoire de nos héros africains alors que l'un de leurs meurtriers est assis parmi nous ? »(42) Les soutiens occidentaux, notamment les États-Unis et la Belgique, commencèrent également à perdre patience et s'inquiétèrent de voir la scène politique congolaise paralysée. Alors que le président Kasavubu et ses alliés s'opposaient à Tshombe, qui refusait de céder, les États-Unis se tournèrent vers Mobutu comme seul capable de sauver la situation. Il y parvint finalement en novembre 1965, réussissant cette fois à destituer le président et à « neutraliser » d'autres politiciens, après quoi il se proclama chef de la Deuxième République(43). Une campagne répressive menée en 1967 poussa de nombreux gendarmes du Katanga à fuir vers l'Angola voisin(44).

Mobutu mit en place un nouveau régime après cinq premières années chaotiques et rebaptisa le Congo « Zaïre » dans le cadre de sa politique d'authenticité. Son règne fut caractérisé par une forte centralisation et un clientélisme associé à une corruption extrême. Ses mesures économiques furent souvent désastreuses, entraînant une dette extérieure élevée et un faible niveau de développement. Le régime à parti unique et la répression de l'opposition en constituèrent les fondements. Le caractère hautement personnalisé du régime conduisit à des politiques inefficaces et à une légitimité de plus en plus faible. Le soutien extérieur des États-Unis et la répression interne lui permirent de survivre jusqu'à la fin des années 1970, lorsqu'il fut de nouveau confronté aux rebelles du Katanga(45). Comme lors de son ascension initiale, c'est encore le Maroc qui vint à son secours en 1977 et 1978, lors de la plus grande crise que son régime ait connue.

Shaba I et II

En 1977, Mobutu était au pouvoir depuis douze ans, mais son emprise sur le pays s'affaiblissait. Cette fragilisation s'expliquait en partie par son style de gouvernance et ses politiques économiques désastreuses : trop dépendante des exportations de minerais, l'économie zaïroise demeurait exposée à la volatilité des prix du cuivre ou du cobalt sur le marché mondial, par exemple. Outre son gouvernance répressif et les difficultés économique, Mobutu commit également des erreurs dans ses décisions en matière de politique étrangère. L’une d’elles conduisit ses forces à se mesurer aux rebelles katangais, d’abord en Angola, puis lors de leur invasion du Zaïre en 1977 et 1978. Cette section est consacrée à ces affrontements et mettra en lumière la manière dont l'intervention marocaine a été présentée par le roi Hassan II et son gouvernement.

Les gendarmes du Katanga(46) se retrouvèrent opposés aux forces zaïroises en 1975. Cela se produisit pendant la période où Mobutu soutenait le camp adverse dans la guerre civile qui sévit en Angola entre 1974 et 1976. Les gendarmes du Katanga, aux côtés de 36 000 soldats cubains, soutinrent le MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l'Angola), un groupe marxiste qui finit par prendre le pouvoir, tandis que Mobutu soutenait le FNLA (Front national de libération de l'Angola). À ce stade, les Katangais s'étaient regroupés au sein du Front national de libération du Congo (FLNC). L'accord prévoyait qu'après la victoire, le FLNC pourrait utiliser le territoire angolais pour renverser le régime de Mobutu(47)  Le FLNC, sous une nouvelle direction, s’estima alors prêt à mener le combat au Zaïre[3].

Les forces de Mobutu étaient faibles et son régime mis à rude épreuve par des problèmes économiques. Cependant, les Cubains refusaient d’apporter une aide militaire au FLNC. Ils ne le jugeaient pas suffisamment engagé idéologiquement dans la lutte communiste, tandis que son passé sécessionniste et son rôle dans le renversement de Lumumba entachaient la réputation du mouvement. Cuba cherchait davantage à consolider les acquis obtenus en Angola. Malgré cela, le FLNC disposait suffisamment d'une expérience du champ de bataille et d'armes pour lancer l’assaut contre un Mobutu affaibli(48). En envahissant le Shaba, ils frappèrent non seulement la province où leur groupe ethnique, les Lunda, était majoritaire, mais aussi le cœur économique du Zaïre. Le Shaba concentrait les plus importantes richesses minérales, dont la production était dominée par la grande entreprise publique Gecamines. Environ 3 000 expatriés y résidaient et y travaillaient, principalement dans la ville minière de Kolwezi(49).

Les rebelles franchirent alors la frontière du Zaïre sans difficulté, tant l’armée zaïroise était faible. La désorganisation de l'armée zaïroise (FAZ) s'expliquait par la crainte de Mobutu d'être renversé par ses propres militaires, comme cela avait été le cas lors de son accession au pouvoir. Il fallait donc trouver un équilibre pour assurer la protection contre les ennemis étrangers sans permettre aux FAZ de s'organiser suffisamment pour devenir une menace interne. L'invasion de la province du Shaba révéla la faiblesse de cette stratégie, d'où la nécessité d'un soutien militaire extérieur(50).  En outre, les FAZ se remettaient encore de leur défaite en Angola en 1975. Dans le cadre d'une trêve, Mobutu avait accepté de réduire la présence de ses troupes aux frontières, ce qui rendait le Zaïre encore plus vulnérable à une attaque de l'Angola(51). Lorsque les rebelles du Katanga envahirent le Zaïre le 8 mars 1977, ils étaient bien plus nombreux que les FAZ et purent facilement envahir différentes villes et villages. Lorsque l'invasion a commencé, la FAZ fut prise complètement par surprise. Le FLNC put avancer rapidement et s'approcha de la ville minière stratégique de Kolwezi. Les unités des FAZ, en infériorité numérique sur place, se révélèrent inefficaces en raison de leur faible moral et de leur chaîne de commandement défaillante. Mobutu intervint régulièrement en nommant et en révoquant les colonels et les généraux impliqués dans la riposte à l'invasion. Ce ne fut qu’avec le déploiement de 1 200 soldats marocains, rejoints par des unités des FAZ provenant d’autres régions du Zaïre, que l’équilibre des forces et une véritable contre-stratégie purent être rétablis(52). Les troupes marocaines étaient commandées par le colonel Loubaris, qui avait servi sous les ordres du général Kettani lors de la mission au Congo en 1960-1961(53).

Pour rallier des soutiens, Mobutu présentait son discours sous l'angle de la guerre froide, accusant l'Angola, et par procuration Cuba et les Soviétiques, de s'ingérer dans les affaires intérieures du Zaïre. Même si l'attaque venait du territoire angolais, le conflit semblait être de nature interne. Le régime de Mobutu était faible et manquait de soutien parmi la population du Shaba. Mais en l'internationalisant, Mobutu tentait de détourner l'attention des causes internes de la rébellion. L'ancienne puissance coloniale, la Belgique, n'était pas disposée à venir à son secours, compte tenu du manque de confiance dans la survie de son régime et de la sensibilité liée à l'héritage colonial. Les États-Unis n'étaient pas davantage enclins à lui venir en aide. Dans l'après-guerre du Vietnam, les États-Unis, sous la présidence de Carter, tentaient de s'éloigner des conflits régionaux afin d'éviter qu'ils ne se transforment en problèmes liés à la guerre froide. Les États-Unis semblaient moins convaincus de l'implication directe de Cuba et de l'Union soviétique pendant la guerre du Shaba I. Ils se contentèrent d'envoyer une aide non létale par des vols commerciaux(54).

Mobutu demanda l’aide de l’OUA le 2 avril, puis, le 7 avril, il téléphona au roi Hassan et s’entretint avec lui des événements en cours lors d’une conversation de douze minutes(55). Le roi décida d’intervenir pour soutenir Mobutu. Dans une lettre adressée à l’OUA et à l’ONU, le ministre marocain des Affaires étrangères, Ahmed Laraki, soulignait que le Maroc assumerait ses responsabilités et qu’une solution rapide devait être trouvée. Le discours officiel insistait sur la nécessité pour les États africains d’assumer leurs responsabilités dans les affaires africaines. En tant que membre fondateur de l’OUA, le Maroc se déclarait prêt à agir pour préserver l’intégrité territoriale et l’indépendance des États membres. Laraki fit également allusion aux efforts internationaux déployés après l’indépendance du Congo(56). Ces déclarations semblaient indiquer que le Maroc ne cherchait pas encore à inscrire son intervention dans le contexte de la guerre froide ; elles renvoyaient plutôt aux efforts entrepris par l’ONU dans les années 1960 et à la responsabilité de l’OUA de trouver une solution africaine à ce qui était perçu comme une question d’intégrité territoriale. Dans l’information transmise au Secrétaire général de l’ONU au sujet de l’intervention marocaine, l’accent fut mis sur le fait qu’elle répondait à une demande de Mobutu, transmise par l’OUA(57). Lors d’une réunion entre le roi du Maroc et les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, la première remarque du souverain fut une référence à la crise congolaise de 1960, insistant sur la nécessité de prévenir toute instabilité sur le continent(58). Dans une autre lettre, le ministère des Affaires étrangères soulignait que « […] la solidarité dont fait preuve le Royaume du Maroc envers la République démocratique du Zaïre n’est que le prolongement de celle dont il avait déjà fait preuve lorsqu’il avait répondu à l’appel lancé par les Nations unies en 1960 pour contrer les mêmes menaces qui pesaient sur son unité nationale et son intégrité territoriale »(59). Il reprenait ainsi presque mot pour mot la déclaration faite par le roi Mohammed V à l’été 1960, dans laquelle il promettait un soutien militaire et diplomatique pour maintenir l’intégrité territoriale et l’indépendance du Congo(60). Mobutu, de son côté, se référait également à 1960 et au soutien apporté au Congo par les troupes marocaines sous le commandement du général Kettani.

Les États-Unis semblaient suivre un raisonnement similaire. Lors d'une conférence de presse, après avoir rendu visite au roi Hassan, Philip Habib, sous-secrétaire américain aux affaires politiques, soulignait que les efforts marocains résultaient des relations bilatérales entre le Maroc et le Zaïre et présentait la question comme un enjeu d'intégrité territoriale concernant principalement les nations africaines(61). D'une certaine manière, les États-Unis visaient un résultat similaire à celui de 1960-1961, espérant ne pas avoir à envoyer de troupes américaines et pouvoir plutôt compter sur l'ONU ou d'autres nations (africaines) pro-occidentales.

Dans une interview accordée à plusieurs journalistes français, le roi du Maroc réaffirmait que l'intervention au Zaïre devait être considérée comme un effort visant à préserver l'intégrité territoriale. L'espoir était qu'un pays africain apporte son aide et puisse ainsi empêcher la crise du Shaba de s'inscrire dans le cadre de la guerre froide. Dans cette optique, le roi du Maroc comprenait l'hésitation des États-Unis à s'engager militairement, compte tenu également de leur implication dans d'autres régions du monde. Il défendait toutefois que les  États-Unis se devaient d’intervenir, en soulignant le risque d'escalade de la crise : si le Zaïre devenait instable, cela pourrait en effet accroître l'instabilité dans de nombreux autres États africains, compte tenu de la taille et de la position centrale du Zaïre. En outre, cela pourrait déstabiliser des pays comme le Soudan, l'Arabie saoudite et l'Égypte. Compte tenu de la fragilité de la situation au Moyen-Orient, une telle déstabilisation n'était pas souhaitable à ce moment-là. En ce qui concerne l'influence directe de l'Union soviétique, le roi soulignait qu'il n'avait aucune preuve d'une telle influence, si ce n'est que les envahisseurs pouvaient avoir des tendances idéologiques proches de celles de Moscou. Il ne pensait pas que l'intervention marocaine perturberait les relations bilatérales avec Moscou(62). Alors que les combats évoluaient en faveur de l'opération conjointe Maroc-Zaïre, le roi Hassan exprimait sa satisfaction quant au fait que cette crise ait été maîtrisée dans un contexte africain. Il continuait toutefois d'affirmer la présence cubaine au sein du FLNC(63).

La décision d'intervenir au Zaïre intervint à un moment clé de la vie politique marocaine, dans la seconde moitié des années 1970. Le roi avait alors survécu à deux coups d'État manqués par l'armée en 1971 et 1972, il était donc impatient de relancer la scène politique. Le roi avait réussi à créer un sentiment d'unité nationale grâce à la Marche verte de 1975, qui visait à libérer le Sahara, précédemment occupé par l'Espagne et revendiqué par le Maroc. La popularité que le roi tira du succès de la Marche verte fut de courte durée. Cela s'explique en partie par les attaques de guérilla menées par le Polisario (Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et Rio de Oro) contre les forces marocaines(64). Au début de l'année 1977, le royaume était en proie à des troubles sociaux, à une augmentation de la dette extérieure et au coût élevé de la guerre au Sahara occidental. Les tensions politiques s'intensifiaient, en partie à cause de la condamnation de marxistes-léninistes accusés de vouloir renverser le régime(65).

Afin de reprendre l’ascendant politique, le roi invita les dirigeants des deux principaux partis d'opposition à rejoindre le comité de surveillance des élections en 1976. Cela ouvrit la voie à la participation de ces deux partis aux élections locales de 1976 et aux élections nationales de juin 1977(66). Cela signifie que l'intervention au Shaba eut lieu entre les élections locales et les élections nationales. Le fait qu'il n'y ait pas eu d'élections nationales depuis 1970 fit du début de l'année 1977 une période d'activité politique intense, dans un climat d'accommodement entre la monarchie et les deux principaux partis d'opposition. Le redécoupage des circonscriptions électorales et le processus électoral à deux niveaux profitèrent finalement aux indépendants et aux partis pro-monarchiques. Cependant, cela conduisit à une scission au sein du front de l'opposition, le parti Istiqlal rejoignant le gouvernement(67), ce qui renforça la position de la monarchie.

Dans ce contexte politique, le roi prit le risque d'engager des troupes au Shaba, mais les pertes furent faibles, avec seulement huit soldats officiellement déclarés morts. Les figures de l'opposition ne manifestèrent pas publiquement leur soutien à l'opération, et ne formulèrent pas non plus de commentaires critiques en public. Cependant, ils exprimèrent leur scepticisme auprès du corps diplomatique étranger quant à cette aventure étrangère dans laquelle s'était lancé le roi(68). Même au sein de l'administration, l'engagement militaire du Maroc suscitait des inquiétudes au cas où la guerre ne se terminerait pas rapidement(69). Malgré l'attitude tiède du grand public marocain, le roi put tout de même sortir renforcé de cette situation, tant sur le plan international que national. Le succès de la campagne au Shaba s’avéra être « un atout supplémentaire extrêmement utile en termes d'opinion publique nationale au moment des élections législatives ».(70)

Sur le plan international, le roi trouva un allié utile en France. Tout comme le roi marocain, les Français établirent un lien avec les Cubains et les Soviétiques : du point de vue français, l'invasion du Shaba était avant tout une tentative cubano-soviétique visant à déstabiliser un autre pays africain modéré. Les Français envoyèrent des conseillers pour aider à rationaliser la logistique, la planification militaire et la reconnaissance de la FAZ(71). Les Français voyaient dans cette crise une occasion d'étendre leur rôle à un pays francophone qui n'était pas une ancienne colonie. Ils craignaient en outre que les États-Unis n'abandonnent les pays d'Afrique, en particulier après le revers subi en Angola lorsque le MPLA, soutenu par Cuba, a pris le contrôle. L'importance du Zaïre apparaissait accrue à la lumière des gains réalisés par le camp soviétique en Angola(72). Les troupes marocaines furent acheminées par avion le 9 avril, les Français fournissant des avions de transport pour acheminer le matériel lourd à Lubumbashi(73). En cinq jours, une contre-offensive fut en cours. Cinquante pilotes de chasse supplémentaires venus d'Égypte furent également envoyés au Zaïre(74). Le moral des FAZ s’améliora, car ils pouvaient désormais combattre aux côtés d'unités marocaines expérimentées, bien équipées et disciplinées. Il était clair que les troupes marocaines avaient joué un rôle décisif dans le renversement de la situation sur le terrain(75). Cela permit à Mobutu de garder certaines de ses unités d'élite dans la capitale, prêtes à être déployées au cas où une rébellion éclaterait ailleurs dans le pays. À la fin du mois de mai 1977, le contrôle du Shaba fut rétabli. Il y eut peu de combats, les quelques pertes du côté marocain furent le résultat de combats acharnés entre Mutshatsha et Dilolo(76). Les rebelles s'enfuirent vers l'Angola et la Zambie. Ce qui fut surnommé la « guerre des quatre-vingts jours » fut une victoire pour Mobutu, car grâce au soutien étranger son régime survécut. Cette opération courte et couronnée de succès fut ainsi bénéfique pour tous les acteurs extérieurs impliqués : les Français avaient renforcé leur prestige auprès des nations africaines non alignées sur le bloc soviétique, les Marocains avaient démontré leur capacité à soutenir les positions pro-occidentales en Afrique et les États-Unis avaient gagné en popularité en s'abstenant d'intervenir(77).

Ce qui manqua, toutefois, ce fut une défaite effective des rebelles. Malgré les pressions exercées pour qu'il réforme son système politique et économique et malgré le soutien militaire et les conseils extérieurs dont il bénéficiait, Mobutu ne profita  pas de cette occasion pour renforcer son pouvoir. Au lieu de cela, il ordonna des représailles contre les partisans présumés du Shaba et même une purge complète au sein de son armée. Après une prétendue tentative de coup d'État au début de l'année 1978, Mobutu ordonna l'emprisonnement et l'exécution d'officiers, dont certains avaient été formés par ses soutiens étrangers. Lorsque les rebelles lancèrent une deuxième invasion en 1978, le Zaïre était presque aussi mal préparé qu'un an auparavant(78). Le FLNC avait considérablement renforcé sa puissance militaire grâce aux nouvelles recrues issues de ceux qui avaient fui les représailles de Mobutu(79).

Ce que certains redoutaient se produisit effectivement en moins d'un an. La FLNC adopta une stratégie différente lors de sa deuxième offensive. Elle se concentra principalement sur la ville minière de Kolwezi, où vivaient de nombreux expatriés. Au lieu de l'approcher par l'ouest, en utilisant l'Angola comme base de lancement, elle choisit de traverser le territoire zambien et d'attaquer par le sud. Elle évita les FAZ, qui s'attendaient à une nouvelle invasion depuis l'Angola. De plus, les rebelles avaient commencé à infiltrer la région dès le début de l'année 1978. En mai 1978, ils avaient rassemblé suffisamment de rebelles au Shaba pour s'emparer de Kolwezi en quelques heures à la suite d'une attaque surprise le 13 mai 1978. La FAZ ne disposait que de 700 soldats pour défendre la ville. Cependant, Mobutu réussit à envoyer un bataillon aéroporté formé par les Français, qui finit par reprendre l'aéroport avec d'autres forces sur le terrain. Malgré la présence du FLNC dans la ville, Mobutu se rendit à Kolwezi le 17 mai(80).

Compte tenu du danger que représentaient les soldats indisciplinés des FAZ et la présence de rebelles pour les Européens vivant à Kolwezi, la France et la Belgique envoyèrent des parachutistes pour les protéger et les évacuer. Les Américains fournirent le soutien logistique nécessaire à cet assaut aérien. Au total, dix-huit avions de transport américains C-141 à longue portée furent commandés par l'administration américaine pour aider les Français et les Belges, qui ne pouvaient pas disposer pas de tels avions de transport dans un délai aussi court(81). L'implication directe des États-Unis marqua un changement notable de politique par rapport à l'année précédente : les États-Unis voulaient montrer qu'ils soutiendraient les pays pro-occidentaux, apaisant ainsi les craintes d'un retrait complet des États-Unis.

Afin de maintenir la stabilité après l'évacuation des Européens et le départ des unités d'élite françaises et belges, une force interafricaine fut constituée. Elle provenait principalement du Maroc, qui était prêt à réitérer sa contribution de 1977, mais le roi Hassan insista pour que d'autres pays se joignent à elle. Le Sénégal, le Gabon, le Togo et la Côte d'Ivoire envoyèrent de petites unités, qui furent transportées par avion au Zaïre par la France et les États-Unis, et financées par ces pays et l'Arabie saoudite. Ainsi, une coalition fut formée en dehors de l'ONU, de l'OUA et de l'OTAN, avec des troupes provenant principalement d'anciennes colonies françaises. La France joua un rôle clé dans la mobilisation des alliés et des anciennes colonies, ce qui contraste nettement avec le rôle joué jusqu'alors par les États-Unis. Il convenait aux pays occidentaux que les pays africains assument la responsabilité principale, compte tenu du manque de soutien public à l'intervention militaire en Afrique parmi les pays occidentaux(82). Les Marocains avaient besoin de l’appui des autres pays afin d'éviter d'être considérés comme les « Cubains des Français »(83).

Le Maroc vint donc à deux reprises au secours du régime de Mobutu, une première fois immédiatement et une seconde fois en tant que force stabilisatrice. Comme l'a décrit le commandant des forces marocaines, Loubaris, « l'année dernière, il s'agissait d'une expédition de chasse, cette année, il s'agit de réparer une machine cassée », la machine en question étant la FAZ(84). Ce soutien démontrait l'engagement du Maroc à maintenir le régime de Mobutu. La sauvegarde de l'intégrité territoriale du Zaïre dans le cadre de l'OUA figurait parmi les raisons de l’intervention, mais le rôle historique du roi Hassan II au Zaïre, ses liens avec Mobutu et sa familiarité avec la politique zaïroise contribuèrent probablement à le convaincre de réagir favorablement et rapidement à la demande d'aide de Mobutu. Sur le continent africain, cela permit au roi de recevoir davantage de soutien de la part des nations africaines modérées qui craignaient l'empiètement soviétique sur le continent(85). L’issue favorable et le nombre relativement limité de victimes renforcèrent la position du roi sur la scène intérieure, au moment même où se préparaient des élections législatives auxquelles les partis d’opposition avaient accepté de participer. Sur le plan international, le roi put tirer parti de cette intervention, en partie motivée par des raisons historiques, dans ses relations avec d'autres nations dans le contexte de la guerre froide. L'intervention s’était déroulée dans le cadre d'une interaction structurée entre les chefs des services de renseignement de la France, du Maroc, de l'Iran, de l'Égypte et de l'Arabie saoudite, également connue sous le nom de Safari Club, qui fait l'objet de la section suivante.

L'émergence du Safari Club

La documentation diplomatique consultée ne fait apparaître, à l’heure actuelle, qu’une seule référence, laquelle ne porte pas sur le Safari Club, mais sur le Comité des cinq puissances, décrit comme un « effort multilatéral [...] visant à contrecarrer les initiatives radicales, à contrer les incursions soviétiques en Afrique et à lutter contre le terrorisme international »(86). L'autre mention officielle provient de l'ancien chef des services de renseignement saoudiens, le prince Turki Al Faisal, lors d'un discours prononcé aux États-Unis en 2002(87). Ce comité avait été créé au milieu des années 1970, mais en 1988, la CIA le considérait déjà comme dissous, très probablement parce que l'alliance initiale comprenait la France, l'Égypte, le Maroc, l'Arabie saoudite et l'Iran. La révolution iranienne de 1979 entraîna la rupture de cette alliance, paradoxalement en même temps qu’elle révéla au monde entier l’existence passée du Safari Club. Les nouvelles forces révolutionnaires de la République islamique d'Iran donnèrent à Mohamed Hassanein Haykal, un journaliste égyptien et confident de l'ancien président Nasser, accès aux archives des services secrets iraniens. Le Safari Club semble avoir été l'idée du chef des services secrets français, le comte Alexandre de Marenches. Ses relations personnelles avec les dirigeants mondiaux, en particulier ceux du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, le rendaient apte à encourager la création d'une telle alliance de sécurité. Le 1er septembre 1976, les chefs des services de renseignement d'Arabie saoudite (Kamal Addam), du Mukhabarat égyptien (El Amma), du SAVAK iranien (général Nematollah Nassiri) et des services secrets marocains (Ahmed Dlimi) signèrent un accord secret. Marenches signa au nom de la France(88). Haykal cite l'accord : « Les événements récents en Angola et dans d'autres régions d'Afrique ont démontré le rôle du continent en tant que théâtre de guerres révolutionnaires provoquées et menées par l'Union soviétique, qui utilise des individus ou des organisations sympathisants ou contrôlés par l'idéologie marxiste »(89). Les Français y voyaient une occasion de s'implanter et de renforcer leur propre position en Afrique. Le Maroc, déjà solidement ancré dans le camp occidental, était motivé par le désir de renforcer ses liens avec la France ainsi que ses relations étroites avec l'Arabie saoudite, riche en pétrole. Après 1973, à la suite du boom pétrolier, le Maroc allait dépendre de plus en plus des importations de pétrole subventionnées en provenance du Golfe ainsi que des ventes d'armes au Maroc financées par les pays du Golfe. Les armes étaient achetées aux États-Unis et à la France et utilisées pour renforcer l'armée marocaine, une tâche jugée encore plus importante après le début de la guérilla au Sahara occidental à la fin des années 1970. L'Iran et l'Arabie saoudite, bien que concurrents régionaux, étaient tous deux fermement anticommunistes et alliés des États-Unis dans les années 1970. Les Saoudiens jouèrent également un rôle déterminant dans le ralliement du président Sadate de l'Égypte au camp occidental. Le chef des services de renseignement de l'Arabie saoudite aurait été très proche du président Sadate, avant même qu'il ne prenne le pouvoir après la mort du président Nasser en 1970(90).

Le Safari Club se réunissait régulièrement dans des villes telles que Riyad, Paris et Le Caire. Une structure organisationnelle fut mise en place, avec un siège principal au Caire. Une présidence tournante fut instituée, chaque membre occupant ce poste à tour de rôle pendant un an(91).Les membres du Safari Club informaient les services de renseignement américains et israéliens de leurs activités.92  De cette alliance est née une division du travail dans laquelle les finances étaient principalement fournies par l'Arabie saoudite et la main-d'œuvre par l'Égypte et le Maroc, tandis que la France s'occupait de la logistique et des conseils techniques. Entre 1976 et 1979, le Safari Club était actif sur différents fronts(93). Il faut toutefois garder à l'esprit que cette alliance était de nature relativement informelle et que des doutes sont légitimes quant à son efficacité réelle en tant que mécanisme de coordination des actions. Le fait que ces chefs des services de renseignement se réunissaient régulièrement et tentaient de structurer leur coopération ne doit pas être surestimé : il s'agissait avant tout d'un « club ». Des échanges d'informations et des formes de coopération dans des domaines spécifiques furent facilités par ce club. Malgré cela, l'intervention au Shaba fut considérée comme un moment où certains des contacts établis par le Safari Club furent mis à profit(94). Le chef des services de renseignement français affirme dans ses mémoires que lors d'une visite privée au roi Hassan, il réussit à le convaincre d'envoyer ses troupes. Cette anecdote n'a pas pu être corroborée par d'autres sources consultées pour cet article(95). Quoi qu'il en soit, le Safari Club fournit une partie de l'infrastructure de coopération dont le roi du Maroc pouvait se servir pour renforcer la position de son pays. L'intervention au Shaba n'a toutefois pas renforcé la position du roi dans ses négociations avec les États-Unis concernant les armes dont il avait tant besoin. Les négociations prolongées et la manière dont la crise du Shaba furent utilisée dans ces pourparlers bilatéraux sont examinées dans la section suivante.

Les négociations pour l’accord sur les armes

L'une des questions majeures qui domina les discussions entre le Maroc et les États-Unis entre 1977 et 1979 fut la vente d'armes demandée par le Maroc. Ces réunions et discussions eurent lieu pendant les deux campagnes du Shaba. La guérilla au Sahara occidental s'intensifiait et le Maroc avait besoin de différents équipements militaires pour faire face au Polisario, soutenu par l'Algérie. Alors que le Maroc invoquait sa position anticommuniste et ses récentes interventions au Shaba pour justifier l'achat de ces armes, l'administration américaine sous la présidence de Carter tarda à réagir positivement. Ce ne fut qu'après l'intensification des activités soviéto-cubaines dans la Corne de l'Afrique, la chute du Shah d'Iran et l'invasion soviétique de l'Afghanistan que les États-Unis décidèrent de fournir ces armes au Maroc. En outre, les pressions exercées par l'Arabie saoudite, membre comme le Maroc du Safari Club, et le financement contribuèrent vraisemblablement à ce revirement de l'administration Carter.

Après le succès de la première intervention à Shaba, le Maroc demanda des armes supplémentaires aux États-Unis. Le Maroc souhaitait acquérir des avions OV 10 et des hélicoptères Cobra. Ces armes étaient clairement destinées à être utilisées au Sahara occidental. Elles étaient nécessaires compte tenu des tensions accrues et des récentes acquisitions d'armes par l'Algérie auprès de l'Union soviétique et de la Libye. Les avions de combat conventionnels s'étant révélés peu efficaces dans la lutte contre la guérilla, le Maroc demanda aux États-Unis de lui fournir des hélicoptères et des avions de reconnaissance à basse altitude. Cette demande fut formulée à l'automne 1977 lors d'une réunion entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Laraki, et le secrétaire d'État Vance(96). Rappelons que cela se produisit quelques mois seulement après le premier déploiement réussi des troupes marocaines au Shaba. L'automne 1977 fut marqué par une série de contacts de haut niveau entre les responsables marocains et américains, allant de la rencontre entre les ambassadeurs américains et le roi à celle entre le président Carter et le Premier ministre marocain. Les Marocains ne cessèrent de soulever la question du besoin d'armes et du fait que le gouvernement américain ne s'était pas encore engagé, attendant de consulter le Congrès. Le Maroc soulignait que ce qui se passait au Sahara occidental n’était qu'une partie d'une lutte plus large pour l'Afrique. Du point de vue marocain, ils étaient « préoccupés par le développement d'un axe reliant Moscou, l'Algérie, Luanda et La Havane et [le Maroc] a essayé au Shaba et ailleurs d'utiliser les moyens limités à sa disposition pour contrer les activités de cet axe »(97).Le roi se considérait comme « le seul dans toute la région à faire des efforts sérieux pour empêcher l'effondrement des régimes modérés en Afrique et pour empêcher la mainmise progressive de l'Union soviétique sur le continent » (98). Le soutien considérable de l'Union soviétique à l'Algérie désavantageait le Maroc. Lors d'une réunion avec le président Carter, le Premier ministre Ahmed Osman rappela l'intervention du Maroc au Zaïre et réitéra les points soulevés concernant l'axe algéro-soviétique. Tout en appréciant les efforts déployés au Zaïre, le président Carter demanda à être tenu informé des besoins du Maroc sans donner à ce dernier le moindre indice d'une éventuelle réponse positive à sa demande d'armes(99).

Après avoir consulté de manière informelle les membres du Congrès, le secrétaire d'État Vance écrivit au ministre marocain des Affaires étrangères que le gouvernement américain estimait qu'il n'était pas judicieux, à ce moment-là, de demander l'autorisation officielle du Congrès. L'opposition au sein du Congrès était jugée trop forte pour que cette autorisation soit accordée. Le principal point d'achoppement était la définition du territoire marocain, le Maroc considérant l'action militaire au Sahara occidental comme un acte d'autodéfense, tandis que les États-Unis s'opposaient à l'utilisation d'armes américaines au Sahara occidental tant que le conflit n'était pas résolu(100).

Déçu par la réticence du gouvernement américain à lui vendre les armes demandées, le Maroc cherchait des alternatives tout en gagnant du temps pour trouver une solution viable. Après avoir abordé l'ambassadeur américain de manière joviale lors d'un dîner - « Eh bien, je vois que vous n'avez pas pu me ramener les OV-10 » - le roi poursuivit en affirmant que la situation de guerre n'était pas alarmante et que soixante-deux hélicoptères Puma et soixante-quinze Mirages étaient en route depuis la France, membre du Western Safari Club. Ces appareils étaient, selon lui, nécessaires pour défendre le territoire marocain(101).

Il apparaissait clairement que le Maroc n'était pas en mesure de persuader le gouvernement américain de lui fournir l'armement approprié, malgré son utilisation d'une rhétorique anticommuniste classique et l'utilisation de l'intervention au Shaba comme exemple des sacrifices consentis et de la position pro-occidentale adoptée. Le seul résultat de ces discussions fut que l'administration américaine revit sa stratégie en Afrique du Nord : le président chargea le Comité d'examen des politiques de proposer une nouvelle stratégie pour cette région du monde (102). Cet examen n'avait pas encore abouti lorsque le roi se rendit à Washington en visite officielle en novembre 1978. Lors d'une conversation avec le président Carter, le roi Hassan établit alors un lien direct entre le Maroc, partenaire de l'Occident ayant besoin d'équipements militaires, et l'intervention au Zaïre. Selon lui, « cette partie de l'Afrique constituera un fardeau de plus en plus lourd pour la défense du monde libre. Supposons que le Zaïre tombe. Alors, le Soudan et l'Égypte seront vulnérables et l'Afrique pourrait être divisée en deux. Cela signifierait la fin du canal de Suez. Cela pourrait constituer une menace directe pour l'Arabie saoudite. » Cela ne convainquit cependant guère le président Carter, qui se montra réticent à l'idée de vendre des armes au Maroc (103).

Malgré ces revers liés à la réticence du gouvernement américain à agir sur une question aussi importante, le Maroc engagea tout de même des troupes pour la deuxième fois à Shaba cette même année 1978. Il dépendait alors des États-Unis pour le transport aller-retour. Il semble que l'année perdue en discussions sur l'accord sur les armes n'ait pas dissuadé le Maroc de rester engagé dans sa cause au Zaïre. L’argument selon lequel le Maroc serait intervenu principalement pour améliorer ses relations avec Washington n’apparaît donc guère convaincant. Il semble donc probable que le soutien du Maroc à Mobutu était véritablement fondé sur une position anticommuniste et sur l'idée d'une puissance mondiale soutenant un régime similaire, en partie pour des raisons historiques, afin de maintenir son intégrité territoriale.

Compte tenu de ces déceptions, le Maroc se tourna également vers l'Italie en 1978 pour acheter des hélicoptères Chinook fabriqués sous licence américaine. Les États-Unis tentèrent de bloquer cette transaction en utilisant le même prétexte concernant l'utilisation prévue des hélicoptères. Les conditions imposées signifiaient que le Maroc ne pouvait les utiliser que pour défendre son territoire contre une agression étrangère, conformément à l'accord bilatéral conclu entre les États-Unis et le Maroc en 1960. En se référant à l'accord de 1960, la question épineuse du Sahara occidental fut évitée. Cependant, le roi Hassan persista et établit de nouveau un lien explicite entre son intervention au Shaba et le manque de coopération des États-Unis, déclarant : « Comment puis-je intervenir au Zaïre si je prends un tel engagement ? » (104)  Les États-Unis étaient prêts à transporter les Marocains au Shaba et à les laisser utiliser des armes américaines pour soutenir les intérêts américains dans cette région, mais ils n'étaient pas prêts à leur fournir des hélicoptères non armés pour défendre leur patrie(105). En élevant ainsi les enjeux, le roi atteignit ses objectifs. En janvier 1979, le président Carter approuva personnellement la vente des hélicoptères Chinook au Soudan par une réponse à un mémorandum de son NSC, en écrivant : « Je pense que nous devrions approuver la vente » (106).

Cependant, l'administration Carter tardait à répondre à la demande initiale concernant les avions OV-10 et les hélicoptères Cobra. Il fallut attendre deux ans après la première requête et après que le Maroc eut engagé des troupes pour la deuxième fois à Shaba pour que les Américains revoient leur politique et la modifient en faveur du Maroc. Compte tenu de l'escalade au Sahara occidental, des attaques plus sophistiquées du Polisario et de la pression accrue exercée sur les États-Unis par la France, l'Arabie saoudite et l'Égypte, les États-Unis décidèrent finalement de fournir au Maroc les armes demandées, même si elles devaient être utilisées au Sahara occidental, à condition que les Marocains soient prêts à s'asseoir à la table des négociations pour résoudre la question du Sahara occidental(107).  Dans une lettre personnelle adressée au roi Hassan, le président Carter annonça ce changement de politique en invoquant la situation militaire difficile du Maroc(108).  Par l'intermédiaire d'un médiateur, le souverain marocain informa les États-Unis qu'ils pouvaient utiliser les bases marocaines comme installations de transit et de soutien à la lumière des nouveaux développements concernant l'invasion soviétique en Afghanistan(109). Quelques jours plus tard, le gouvernement américain demanda au Congrès d'approuver la vente de 20 avions de combat F-5.(110) La situation internationale avait radicalement changé avec l'intensification des activités soviéto-cubaines dans la Corne de l'Afrique, l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979 et la chute du Shah d'Iran la même année. Ces évolutions contribuèrent à réduire l'opposition au Congrès, désormais plus favorable à la vente d'armes au Maroc. La commission des relations étrangères du Sénat reconnut que ces armes pourraient finir par être utilisées dans le conflit du Sahara occidental, tant que cela ne fût pas interprété comme une approbation par les États-Unis de la politique du Maroc au Sahara(111). L’Arabie saoudite exerçait alors une forte pression sur les États-Unis pour qu'ils viennent en aide au roi Hassan(112) et se déclarait prête à prendre en charge le coût des nouvelles ventes d'armes au Maroc(113). À la fin de son mandat, le président Carter se rangea finalement à l’avis de son conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, et approuva la vente d'armes au Maroc(114). Devant la commission des relations étrangères du Sénat, le secrétaire d'État adjoint Harold Saunders défendit la vente d'armes en arguant que « ... le terrorisme en Iran et l'invasion de l'Afghanistan ont accru l'importance pour nous des pays qui soutiennent largement nos objectifs dans le monde. Le Maroc est l'un de ces pays... L’Asie du Sud-Ouest étant en proie à des troubles, nous devons entretenir nos relations comme jamais auparavant avec tous les États islamiques et non alignés. » (115) La vente d'armes au Maroc constitua l'un des premiers signes du réajustement de  Carter vers une position plus offensive. On pourrait même affirmer que 1979 fut une année décisive dans ce basculement vers une approche plus belliciste de la politique étrangère américaine, qui culmina avec le discours sur l'état de l'Union prononcé par le président Carter en 1980 – en rupture avec la politique suivie durant les trois premières années de son mandat, lorsqu’il s’efforçait de tenir la guerre froide à l’écart de la politique américaine envers l’Afrique(116).

Les recherches sur l'histoire des relations internationales en Afrique du Nord tendent à mettre l'accent sur le rôle des États nord-africains au sein du système international et, plus précisément, sur celui des États-Unis. De même, une grande partie des discussions sur la politique étrangère des États nord-africains se concentre sur leurs liens avec l'Union européenne. Relativement peu d'écrits soulignent en revanche le rôle actif des États nord-africains et leurs liens avec d'autres nations du Sud, ni la manière dont ces politiques prolongent des liens historiques. Cet article propose une modeste contribution à l’élargissement de champ, en examinant la politique étrangère et de sécurité d’un État du Sud global durant la guerre froide. Il met en lumière le rôle historique joué par le Maroc au début de l'indépendance du Congo. On ne saurait comprendre l'intérêt et la faisabilité d'une intervention en 1977 sans prendre en compte la participation du Maroc à la mission de l'ONU en 1960-1961. L'intervention du roi du Maroc en faveur de Mobutu fournit un cas d’étude particulièrement éclairant à cet égard. En soulignant l'importance d'une approche historique, il est possible de mettre en évidence les liens établis de longue date entre les deux régimes. Cette analyse révèle également une alliance longtemps négligée, le Safari Club, officiellement désigné comme le Five Power Intelligence Committee (Comité des cinq puissances), par l’intermédiaire duquel s’est en partie effectuée l’intervention. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement le rôle de ce comité, en particulier la manière dont il a pu contourner les États-Unis ou agir en fonction de leurs intérêts – autrement dit, jusqu’à quel point les États du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord disposaient d’une marge d’action propre leur permettant de s’assurer une position dans le contexte de la guerre froide. Il importe toutefois de ne pas occulter les logiques historiques et les intérêts antérieurs qui liaient les membres de ce comité. Cet article a montré que l'intervention marocaine ne relevait pas uniquement de la coordination du comité, mais qu'elle s'inscrivait dans un contexte historique remontant au début de la période d'indépendance du Maroc et du Congo. Dans le même temps, il souligne qu'il convient de se montrer prudent avant de supposer qu'une telle intervention, même lorsqu’elle servait les intérêts occidentaux, débouchait automatiquement sur une relation plus favorable avec les États-Unis. Dans le cas de la vente d'armes au Maroc, il n’en fut manifestement rien : la séquence des événements et des discussions suggère que les développements mondiaux de 1978 et 1979 furent bien plus déterminants que l'intervention marocaine au Zaïre. Si cela limite la capacité du roi marocain à influencer le débat interne au sein de l'administration américaine, cela montre également que l'intervention doit être considérée séparément de ce qui pouvait être réalisé à Washington. Cela signifie peut-être que cette intervention répondait davantage à des objectifs africains pour le Maroc et qu'elle doit donc être replacée dans le contexte du rôle historique joué par le Maroc en Afrique, tant au Congo qu'ailleurs. Cette perspective permet enfin de mieux comprendre l’ambition actuelle du Maroc en Afrique, illustrée par son retour dans l’Union africaine et par l’expansion de ses liens économiques, religieux et politiques avec les pays d’Afrique subsaharienne.

Traduit de l’anglais par Hamza Esmili

1.         Piero Gleijeses, « Truth or Credibility: Castro, Carter, and the Invasions of Shaba », The International History Review, xviii (1996), 70–103.

2.        Nathaniel K. Powell, « La France, les États-Unis et la Force interafricaine au Zaïre (1978-1979) », Relations Internationales, CL (2012), 71. Nathaniel K. Powell, « The “Cuba of the West”? France’s Cold War in Zaïre, 1977–1978 », Journal of Cold War Studies, xviii (2016), 64–96.

3.        Miles Larmer, « Local Conflicts in a Transnational War: The Katangese Gendarmes and the Shaba Wars of 1977–78 », Cold War History, xiii (2013).

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5.        Salim Yaqub, « The Cold War and the Middle East », dans Richard H. Immerman et Petra Goedde (dir.), The Oxford Handbook of the Cold War (Oxford : Oxford University Press, 2013), 252.

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7.        Michael Willis et Nizar Messari, « Analyzing Moroccan Foreign Policy and Relations with Europe », The Review of International Affairs, iii (2003), 152–72.

8.        Ira William Zartman, « Foreign Relations of North Africa », The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science, cdlxxxix (1987), 13–27.

9.        Larmer, « Local Conflicts », 89–108.

10.        Powell, « La France », 71 ; Powell, « The “Cuba of the West” ? », 64-96.

11.        Peter Mangold, « Shaba I et Shaba II », Survival, xxi (1979), 107-15.

12.        Roger Glickson, « The Shaba Crises: Stumbling to Victory », Small Wars & Insurgencies, v (1994), 180-200.

13.        Ghislain C. Kabwit, « Zaïre : The Roots of the Continuing Crisis », The Journal of Modern African Studies, xvii (1979), 381–407.

14.        Gleijeses, « Truth or Credibility », 98.

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17.        Richard Pennell, Morocco: From Empire to Independence (Oxford : Oneworld Publications, 2003), 164.

18.        John Waterbury, The Commander of the Faithful: The Moroccan Political Elite: A Study in Segmented Politics, Nature of Human Society Series (New York : Weidenfeld & Nicolson, 1970), 288–89.

19.        Pour un compte rendu détaillé de l'assassinat de Lumumba, voir Emmanuel Gerard et Bruce Kuklick, Death in the Congo: Murdering Patrice Lumumba (Cambridge : Harvard University Press, 2015).

20.        Michael G. Schatzberg, « Military Intervention and the Myth of Collective Security: The Case of Zaire », The Journal of Modern African Studies, xxvii (1989), 315–40, 319

21.        Arnold Rivkin, « The Congo Crisis in World Affairs », Civilisations, x (1960), 473–79, 475.

22.        Cité dans Schatzberg, « Military Intervention », 322.

23.        Amate, C.O.C., Inside the OAU: Pan-Africanism in Practice (New York : Macmillan Publishers, 1986), 47.

24.        Rivkin, « The Congo Crisis », 473-79.

25.        Emmanuel Gerard et Bruce Kuklick, Death in the Congo: Murdering Patrice Lumumba (Cambridge : Harvard University Press, 2015), 105.

26.        « Télégramme de l'ambassade au Cameroun au département d'État, « Commentaires de l'ambassadeur du Maroc sur l'aide américaine au Zaïre », 26 avril 1977, Central Foreign Policy Files.

27.        Madeleine G. Kalb, The Congo Cables: The Cold War in Africa—From Eisenhower to Kennedy (New York : Macmillan, 1982), 93 ; Gerard et Kuklick, Death in the Congo, 107–08.

28.        Kalb, The Congo Cables, 93.

29.        « Télégramme du Département d'État à la Mission auprès des Nations Unies, « L'USUN devrait s'inspirer de ce qui suit pour discuter de la situation au Congo avec SYG et Cordier », 11 juillet 1960, dans FRUS, 1958-1960, volume XIV, Afrique, doc. 115.

30.        Gerard et Kuklick, Death in the Congo, 108–10 ; R. Dayal, Mission for Hammarskjöld : The Congo Crisis

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31.        Gerard et Kuklick, Death in the Congo, 107.

32.        Dayal, Mission for Hammarskjöld , 35.

33.        Dayal, Mission for Hammarskjöld, 34.

34.        David N. Gibbs, « The United Nations, International Peacekeeping and the Question of “Impartiality”: Revisiting the Congo Operation of 1960 », The Journal of Modern African Studies, xxxviii (2000), 359–82.

35.        Dayal, Mission pour Hammarskjö ld, 65–6.

36.        Rivkin, « The Congo Crisis », 475.

37.        Henry Tanner, envoyé spécial du New York Times, « Ceneral Escapes Death », New York Times (1923-fichier actuel), 19 septembre 1960.

38.        Catherine Hoskyns, citée dans Gibbs, « The United Nations », 375.

39.        Rivkin, « The Congo Crisis », 478.

40.        Lise Namikas, Battleground Africa: Cold War in the Congo, 1960–1965 (Stanford : Stanford University Press, 2013), 173.

41.        Emizet F. Kisangani, Civil Wars in the Democratic Republic of Congo, 1960–2010 (Boulder : Lynne Rienner Publishers, 86–7).

42.        Piero Gleijeses, « Fuyez ! Les géants blancs arrivent ! » : Les États-Unis, les mercenaires et le Congo, 1964-1965, Diplomatic History, xviii (1994), 212.

43.        Ludo De Witte, « The Suppression of the Congo Rebellions and the Rise of Mobutu, 1963–5 », The International History Review, xxxviiii (2017), 107–25.

44.        Crawford Young et Thomas Turner, The Rise and Decline of the Zairian State (Ville : Université du Wisconsin- , 1985), 255.

45.        Schatzberg, « Military Intervention », 329.

46.        Pour plus de détails sur l'histoire de ces gendarmes, voir Erik Kennes et Miles Larmer, The Katangese Gendarmes and War in Central Africa: Fighting Their Way Home (Bloomington : Indiana University Press, 2016).

47.        Larmer, « Local Conflicts in a Transnational War », 91-93.

48.        Larmer, « Local Conflicts in a Transnational War », 95.

49.        Powell, « The “Cuba of the West”? », 64-96.

50.        Glickson, « The Shaba Crises », 181.

51.        Glickson, « The Shaba Crises », 182.

52.        Glickson, « The Shaba Crises », 183-188.

53.        National Intelligence Daily Cable, 13 avril 1977, dossiers de la CIA.

54.        Mangold, « Shaba I and Shaba II », 109.

55.        Al Alam, « Moroccan Troops in Zaire », 9 avril 1977.

56.        Al Alam, « Moroccan Troops in Zaire », 9 avril 1977.

57.        Al Mouharrir, « Morocco Explains to the UN Its Support to Zaire », 13 avril 1977.

58.        Note, « A/s- Convocation par le Roi des représentants des pays membres permanents du conseil de sécurité », , 10 avril 1977, p. 1, dans MAE La Courneuve, Relations extérieures, Maroc, M.20.6.2, 1972-1982, Carton 902.

59.        NAUK FCO/93/1120 – « Troupes marocaines au Zaïre », 1977, copie du communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères . Numéro de dossier : NFM050/1.

60.        ^Jules Gérard-Libois et Benoît Verhaegen, « Congo 1960, Volume 2 », (Bruxelles : Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques O.J., 1962, 630.

61.        Al Alam, « Philip Habib a souligné que la question du Sahara ne faisait pas partie des sujets abordés lors de sa tournée e au Maghreb », 16 avril 1977.

62.        Al Alam, « La conférence de presse du roi », 21 avril 1977.

63.        Al Alam, « Le Zaïre s'attend à une offensive plus large », 19 avril 1977.

64.        Lise Storm, L. Democratization in Morocco: The Political Elite and Struggles for Power in the Post-Independence State (Abingdon : Routledge Studies in Middle Eastern Politics. Taylor & Francis, 2007), 39-40.

65.        ´´Note, « A/S : Maroc : situation intérieure et extérieure », 7 juillet 1977, p. 1, dans MAE La Courneuve, Afrique du Nord, Maroc, Envoi de troupes marocaines au Zaïre, M.20.6.2, 1972-1982, Carton 902.

66.        James Sater, Morocco: Challenges to Tradition and Modernity (Abingdon : Routledge, 2010), 40.

67.        Storm, Democratization in Morocco, 42-43.

68.        NAUK FCO/93/1120 – « Intervention marocaine au Zaïre : réactions marocaines », 4 mai 1977. Numéro de dossier : NFM050/1.

69.        NAUK FCO/31/2115 – « Zaïre/Maroc : conférence de presse du roi Hassan », 21 avril 1977. Numéro de dossier : JEG050/1.

70.        ´NAUK FCO/93/1120 – « Les troupes marocaines au Zaïre », 1977, mémorandum « Hassan II l'africain », du chargé d'affaires britannique à Rabat au secrétaire d'État aux Affaires étrangères et au Commonwealth, 29 juin 1977. Numéro de dossier : NFM050/1.

71.        Powell, « Le « Cuba de l'Ouest » ? », 73, 76.

72.        Powell, « Le « Cuba de l'Occident » ? », 65-71.

73.        The Washington Post, « L'aide militaire française au Zaïre suscite une polémique à Paris », 12 avril 1977.

74.        Newsweek, « Le gendarme de l'Afrique », 16 mai 1977.

75.        ´NAUK FCO/93/1120 – « Les troupes marocaines au Zaïre », 1977, mémorandum « Hassan II l'Africain », du chargé d'affaires britannique à Rabat au secrétaire d'État aux Affaires étrangères et au Commonwealth, 29 juin 1977. Numéro de dossier : NFM050/1.

76.        Newsweek, « Africa’s policeman », 16 mai 1977.

77.        Mangold, « Shaba I et Shaba II », 110.

78.        Glickson, « The Shaba Crises », 188-189.

79.        Larmer, « Local Conflicts in a Transnational War », 98-9.

80.        Glickson, « The Shaba Crises », 190-194.

81.        Powell, « The “Cuba of the West” ? », 104, 105.

82.        Mangold, « Shaba I and Shaba II », 112-113.

83.        The Washington Post, « Uncertainties and Confusion Are Rampant in Jittery Zaire; Anxiety, Confusion Rampant in Shaba », 11 juin 1978.

84.        The Washington Post, « Les incertitudes et la confusion règnent dans un Zaïre nerveux ; l'anxiété et la confusion règnent dans le Shaba », 11 juin 1978.

85.        Note, « A/S : Maroc : situation int´ érieure et ext´ érieure », 7 juillet 1977, p. 3, dans MAE La Courneuve, Afrique du Nord, Maroc, Envoi de troupes marocaines au Zaïre, M.20.6.2, 1972-1982, Carton 902.

86.        Agence centrale de renseignement, « Morocco: Foreign Policy Dilemmas, an Intelligence Assessment », NESA : 2150-88- N, 1er juin 1988, 6.

87.        Discours du prince Turki Al-Faisal, « Discours spécial à l'université de Georgetown », 3 février 2002, Washington, DC. Cité dans Steve Coll, Ghost Wars: The Secret History of the CIA, Afghanistan, and Bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001 (New York : Penguin Press, 2004), 81.

88.        Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine : Les services secrets français depuis 1944 (Oxford, Royaume-Uni ; New York : B.

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89.        Mohamed Hassanein Haykal, Iran, the Untold Story: An Insider’s Account of America’s Iranian Adventure and Its Consequences for the Future (New York: Pantheon Books, 1982), 113.

90.        Toby Matthiesen, « Saudi Arabia and the Cold War » dans M. Al-Rasheed (éd.), Salman’s Legacy: The Dilemmas of a New Era in Saudi Arabia (New York : Oxford University Press, 2018), 226.

91.        Haykal, Iran, the Untold Story, 114.

92.        Matthiesen, « L'Arabie saoudite et la guerre froide », 229.

93.        Mahmood Mamdani, Good Muslim, Bad Muslim: America, the Cold War, and the Roots of Terror (Potter/Ten Speed/Harmony/Rodale, 2005).

94.        Jean-Christoph Notin, Le Maître du secret (Paris, Tallandier, 2018).

95.        Comte de Marenches et Christine Ockrent, The Evil Empire: The Third World War Now (Londres : Sidgwick & Jackson, 1988), 71–72.

96.        « Département d'État à l'ambassade au Maroc, « Conversation du secrétaire d'État avec le ministre marocain des Affaires étrangères Ahmed Laraki », 16 septembre 1977, Central Foreign Policy Files. « Département d'État à l'ambassade au Maroc, « Rencontre du secrétaire d'État avec l'ambassadeur marocain », 23 décembre 1977, dans FRUS, 1977–1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 152.

97.        « Département d'État à l'ambassade au Maroc, « Conversation du secrétaire d'État avec le ministre marocain des Affaires étrangères

Boucetta - Sahara occidental », 8 novembre 1977, Central Foreign Policy Files.

98.        « Ambassade au Maroc au Département d'État, « Le roi Hassan sur la situation au Sahara », 29 octobre 1977, dossiers centraux de politique étrangère de l' .

99.        « Mémorandum de conversation, « Résumé de la rencontre du président avec le Premier ministre Ahmed Osman du

Maroc », 3 décembre 1977, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 151.

100.         « Département d'État à l'ambassade au Maroc, « Demande d'armes marocaine », 7 mars 1978, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 153.

101.         « Ambassade au Maroc au Département d'État, « Commentaires du roi Hassan sur les OV-10 et les Cobras », 1er avril 1978, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 157.

102.          « Mémorandum présidentiel/NSC-34 », 14 avril 1978, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord

Afrique, Doc. 30.

103.         « Mémorandum de conversation, « Résumé de la rencontre du président avec le roi Hassan », 15 novembre 1978, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 161.

104.          « Département d'État à l'ambassade au Maroc, « Approvisionnement militaire - Recherche d'assurances », 22 décembre

1978, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 166.

105.         « Ambassade au Maroc au Département d'État, Hélicoptères italiens pour le Maroc, 29 janvier 1979, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 167.

106.          « Ambassade au Maroc au Département d'État, Hélicoptères italiens pour le Maroc, 29 janvier 1979, dans FRUS,

1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 167.

107.         « Mémorandum de l'assistant du président pour les affaires de sécurité nationale (Brzezinski) au secrétaire d'État Vance, au secrétaire à la Défense Brown et au directeur de l'Agence pour le contrôle des armements et le désarmement (Seignious) « Décision sur la politique nord-africaine/Maroc », 19 octobre 1979, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 49. « Département d'État à l'ambassade en Arabie saoudite, « Fourniture militaire à l' -Maroc », 22 octobre 1979, dossiers centraux de politique étrangère.

108.          « Lettre du président Carter au roi Hassan II du Maroc », 28 octobre 1979, dans FRUS, 1977-1980, volume

XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 179.

109.         « Mémorandum du secrétaire exécutif du département d'État (Tarnoff) à l'assistant du président pour les affaires de sécurité nationale (Brzezinski), « Offre du roi Hassan au gouvernement américain », 19 janvier 1980, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 181.

110.          « Mémorandum du conseiller à la sécurité nationale du président (Brzezinski) au secrétaire d'État

Vance, « Morocco’s Arms Sales Package » (Le programme de vente d'armes au Maroc), 22 janvier 1980, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord- , doc. 182.

111.         « Lettre du sénateur Frank Church et du sénateur Jacob Javits au président Carter », 21 septembre 1979, dans FRUS, 1977-1980, volume XVII, partie 3, Afrique du Nord, doc. 177.

112.         Note,“A/S: Les Etats-Unis et les livraisons d’armes au Maroc,’’ 6 November 1979, p.4, in MAE La Courneuve, Relations Exterieurs, Maroc, M.22.3, 1972-1982, Carton 922.

113.         “Memorandum From the President’s Assistant for National Security Affairs (Brzezinski) to Secretary of State Vance and Secretary of Defense Brown, US/Saudi Military Support for Morocco,’" 9 October 1979, in FRUS,1977–1980, Volume XVII, Part 3, North Africa, Doc. 178.

114.         David Ottaway,“Africa: U.S. Policy Eclipse.” Foreign Affairs 58, iii (1979): 637–658, 655–656.

115.         Richard Deutsch, (1980). Carter’s Africa policy shift. Africa Report, 25(3), 15.

116.         David Ottaway,“Africa: U.S. Policy Eclipse.” Foreign Affairs 58, iii (1979): 637–658, 637–639

                               

Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement Floor Oudendijk pour son aide dans cette recherche. La possibilité de présenter les versions précédentes de cet article lors de trois ateliers a grandement contribué à l’améliorer. Je suis donc reconnaissant d’avoir pu le présenter lors du séminaire LES-Sciences Po sur l’histoire internationale contemporaine, organisé par le Dr Roham Alvandi, ainsi que lors de l’atelier « Challenging the Liberal World Order, the history of the Global South, decolonization and the United Nations, 1955-2000 », organisé par le Dr Alana O’Malley et le Dr Vineet Thakur, ainsi que l’atelier « The Struggle for the Global South », organisé par le Dr Daniela Richterova et le Dr Natalia Telepneva. Je suis également reconnaissant au Dr Nathaniel K. Powell de m’avoir permis de consulter certaines de ses archives.

Déclaration d’intérêts

Aucun conflit d'intérêts ni financement n'ont été signalés pour cette recherche.

Notes sur le contributeur

Le Dr Farid Boussaid est maître de conférences au département de sciences politiques   de l’université d’Amsterdam et directeur du Centre d’études sur le Moyen Orient d’Amsterdam. Il est spécialisé dans l’économie politique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, avec un intérêt particulier pour les relations entre l’État et les entreprises et l’histoire des relations internationales dans cette région.

[1] Cet article a été initialement publié en anglais dans The International History Review. Boussaid, F. (2021). Brothers in Arms: Morocco’s Military Intervention in Support of Mobutu of Zaire During the 1977 and 1978 Shaba Crises.” The International History Review 43 (1), pp. 185-202. doi: 10.1080/07075332.2020.1739113.

[2] Il s'agissait d'un groupe de pays (Égypte, gouvernement provisoire algérien, Libye, Mali, Ghana, Guinée, Tunisie) qui s'est réuni à Casablanca en 1961. La réunion était présidée par le prince héritier Hassan. Ils prônaient l'indépendance et l'unité africaine. Cette réunion est souvent considérée comme le précurseur de l'Organisation de l'unité africaine.

[3] D'autres forces d'opposition auraient pu se joindre à la rébellion contre Mobutu. Parmi elles, le Parti révolutionnaire populaire de Laurent Kabila. L'unité a échoué, en partie à cause de l'idéologie, mais aussi à cause du style autoritaire de Mbumba, le nouveau chef du FLNC, qui ne jugeait pas nécessaire de partager le pouvoir. C'est finalement Kabila, soutenu principalement par le Rwanda et les restes du FLNC, qui a renversé Mobutu 20 ans plus tard.