L'esclavage des Africains dans les mondes méditerranéen et de l'océan Indien constitue un sujet d'intérêt récurrent pour les chercheurs africanistes. Ce qui suit critique la désignation « esclavage arabo-islamique » (EAI) couramment employée pour décrire ces pratiques esclavagistes. En m'appuyant sur les travaux de Dahlia Gubara[2], je résume les arguments qui expliquent pourquoi les chercheurs africanistes devraient aborder cette histoire sans recourir au langage séduisant mais problématique de l'EAI et des termes qui lui sont associés. Tout comme les chercheurs ont longtemps mis en garde contre la réduction des schémas de violence collective à des motivations superficielles, il convient d'exercer la même vigilance dans le langage utilisé pour analyser l'esclavage. Même employé comme outil heuristique plutôt que comme affirmation essentielle, l'EAI présente des difficultés qui compromettent son utilité analytique[3]. Les critiques du terme s'articulent autour de trois thèmes principaux : 1) l'EAI confond religion et ethnicité ; 2) l'EAI est anhistorique ; 3) l'EAI véhicule des présupposés islamophobes et orientalistes. Pour éviter ces écueils, les chercheurs et journalistes qui écrivent sur l'esclavage pourraient privilégier des adjectifs confessionnels comme « islamique », des descripteurs géographiques comme « saharien » ou « de l'océan Indien », ou encore des termes qui désignent le contexte institutionnel d'un État donné[4]. L'EAI ne fournit tout simplement pas la boîte à outils conceptuelle nécessaire pour aborder l'esclavage de manière globale et comparative, que ce soit dans une perspective historique ou contemporaine.

Confondre religion et appartenance ethnique

L'EAI amalgame religion et ethnicité en un concept polémique à fonction idéologique qui, souvent involontairement, redivise l'Afrique selon la frontière saharienne[5]. Cette matrice produit une série d'équivalences fallacieuses : les Arabes deviennent non-Africains, les Nord-Africains non-noirs, les Africains subsahariens non-musulmans[6], et « la négritude devient une catégorie stable [et globale] faisant référence à un peuple historiquement cohérent dont les expériences de violence sont nécessairement liées par une ethnicité commune »[7]. Il ne s'agit nullement de nier l'existence, dans les canons de la langue arabe, de stéréotypes néfastes et préjudiciables à l'égard des personnes à la peau foncée originaires d'Afrique, ni la nécessité de les affronter directement[8]. Mais le terme EAI pose un double problème : non seulement il permet aux auteurs de l'esclavage de se situer en dehors des frontières de la communauté ethnique, linguistique et religieuse, mais il occulte également d'importantes voix critiques qui ont émergé au sein même du milieu « arabo-islamique ». Des penseurs musulmans tels qu'Al-Jahiz, Ibn al-Jawzi, Al-Suyuti, Ahmad Baba et Musa Kamara ont réfuté l'idée de l'infériorité des Noirs en s'inscrivant dans le cadre d'une culture linguistique, juridique et intellectuelle partagée qui s'étendait de l'Afrique soudanaise au Maghreb et au-delà[9]. Leur héritage intellectuel, malgré ses limites, révèle une complexité que le terme EAI oblitère.

D'autres formes d'esclavage sont généralement désignées soit par leurs victimes – comme l'« esclavage circassien » – soit par leur aire géographique – la traite atlantique, la traite d'Asie centrale ou celle de la mer Noire. En revanche, l'expression « esclavage arabe » ne renvoie qu'aux marchands d'esclaves arabes, jamais aux victimes arabes elles-mêmes. Cette anomalie mérite d'être soulignée : il est exceptionnel, dans la littérature scientifique, d'utiliser un groupe ethnolinguistique ou religieux pour caractériser un mode d'organisation des relations de travail. Ainsi, les spécialistes des sciences sociales ne parlent pas de capitalisme « arabo-islamique », pas plus qu'ils ne qualifient le servage dans l'Empire romain d'esclavage « latino-polythéiste »[10]. Si les fondements matériels et idéologiques de la domination peuvent être interdépendants, le discours sur l'esclavage arabe se focalise de manière rapide et totalisante sur ces derniers.[11] Cette réduction a pour effet de freiner les recherches en cours sur la définition, la traduction et la contextualisation de l'esclavage dans les archives locales, alors même que les relations de servitude gagneraient à être explorées selon leurs significations et dynamiques historiques propres.[12]

L'implication des musulmans dans l'esclavage rend-elle cet esclavage « islamique » ? La réponse dépend de la perspective adoptée. Certes, l'esclavage, dans des limites prescrites, était sanctionné par Mohammed et longtemps considéré par les érudits musulmans comme éthiquement normal, voire souhaitable. Toutefois, au moins depuis la fin du XIXe siècle, et de manière plus affirmée depuis 1960, la majorité des gouvernements, organisations et individus musulmans ont intégré l'abolition de l'esclavage au sein de la charia.[13] Il est significatif que les rares États et régions où ce consensus abolitionniste s'est effondré soient précisément ceux où l'infrastructure étatique est défaillante ou détruite et où l'État ne jouit pas de la confiance de la population. Dans ces contextes, l'islam n'est ni la cause principale du retour de l'esclavage, ni la solution miracle pour l'empêcher. Cela dit, s'abstenir de qualifier l'esclavage contemporain d'« islamique » – même sous la forme d'un « essentialisme stratégique » – relève d'une tactique visant à encourager une attitude critique des musulmans à l'égard des justifications théologiques de l'esclavage dans leurs propres traditions.[14]

Le discours de l'EAI souffre d'un défaut fondamental : son anhistoricisme.

Il se désintéresse généralement d'une méthode historique comparative pour explorer l'évolution de l'esclavage ou de la race, passant sans transition d'un siècle et d'un contexte géographique à l'autre.[15] Ainsi, l'esclavage pratiqué à La Mecque et à Médine à l'aube de l'islam présente davantage de points communs avec l'esclavage pratiqué dans l'ensemble de l'Afrique soudanaise orientale au VIIe siècle qu'avec l'esclavage de plantation dans le califat abbasside du IXe siècle.[16] De même, il existe plus de continuité que de rupture dans l'expérience de l'esclavage entre les modèles romain, byzantin, califal et ottoman en Méditerranée – une continuité que masque l'insistance à marquer l'esclavage d'une empreinte exclusivement religieuse.[17] En outre, l'EAI exclut l'étude historique de catégories – classe, profession, lieu de résidence et genre – qui furent tout aussi déterminantes du statut d'esclave que l'appartenance ethnique arabe ou l'identité musulmane.[18] Soldats, concubines, eunuques et esclaves domestiques relevaient chacun de justifications idéologiques distinctes et entretenaient des relations différenciées avec les formes de pouvoir et de cohésion ethnique, selon des modalités dissemblables des modèles atlantiques de gouvernance raciale.[19] Interpréter le Caire du XVIIIe siècle comme « stratifié racialement », fonctionnant selon une « distribution raciale du pouvoir établie par un affrontement armé », c'est projeter sur le passé musulman le prisme de la construction raciale américaine.[20] La lecture attentive d'al-Jabarti par Gubara dans Aja'ib al-Athar suggère une image bien différente.[21]

Certains discours sur la traite arabe des esclaves situent les origines de ce commerce non pas dans un droit de propriété – certes limité mais réel – sur les êtres humains, mais plutôt dans une violence psychologique qu'ils présentent comme intrinsèque aux Arabes et aux Musulmans.[22] Si les razzias d'esclaves ont indéniablement affecté de nombreuses communautés en Afrique, le lien quasi théologique établi entre Arabes, islam et razzias prédatrices occulte une autre analogie pourtant essentielle : celle entre esclavage et racisme. Développer pleinement cette dernière analogie reviendrait à qualifier, de manière anachronique, des figures historiques panafricaines telles que Mansa Musa, Uthman dan Fodio et Shaka Zulu de « racistes anti-Noirs ». Menelik II lui-même – le souverain qui préserva l'indépendance de l'Éthiopie lors de la bataille d'Adoua tout en réduisant en esclavage des rebelles Oromo – serait pareillement dénigré.[23]

Pourtant, même en reconnaissant la légitimité des revendications historiques des Oromo, il serait erroné d'attribuer leur marginalisation ethnique dans l'Éthiopie contemporaine à un caractère psychologiquement violent et racialement exclusif que l'on prêterait aux Amhara. Une approche plus pertinente consisterait à examiner les effets ambivalents de la centralisation coercitive du pouvoir étatique sur ceux qui en sont exclus ou marginalisés.[24] Les avantages apparents d'un État territorial unifié et de l'égalité civique entre citoyens ont souvent masqué les racines brutalement coercitives de la souveraineté centralisée.[25] À cet égard, le fait que de nombreux réformateurs musulmans des XVIIIe et XIXe siècles en Afrique de l'Ouest aient eu recours à la violence pour éradiquer l'esclavage de musulmans par d'autres musulmans devrait nous inciter à comparer les pratiques interventionnistes de leurs États avec le programme abolitionniste tout aussi ambivalent des États coloniaux.[26]

Islamophobie et orientalisme

Au cours des deux dernières décennies, la guerre contre le terrorisme a ruiné des millions de vies et contribué à une diabolisation généralisée des musulmans et de ceux qui leur sont assimilés, notamment aux États-Unis et en Europe.[27] Gubara qualifie le discours sur la traite arabe des esclaves d'« incitation au discours », dont l'amalgame entre Arabes et Musulmans s'inscrit dans les courants islamophobes du « complexe militaro-industriel »[28]. Dans ces régions et au-delà, ce discours fonctionne au sein de l'environnement médiatique comme un « simulacre islamique », selon l'expression de Thomas Maguire.[29] Ce simulacre forge et alimente une représentation de l'islam comme idéologie unique, exceptionnellement raciste et négationniste à l'égard de l'esclavage.[30]

L'invocation de la traite arabe des esclaves relève de l'orientalisme, dans la mesure où le discours qui l'entoure s'appuie souvent sans esprit critique sur les récits des abolitionnistes européens présentés comme preuves. Des chercheurs ont exprimé leur scepticisme à l'égard des récits de voyage européens du XVIIIe siècle en Afrique, utilisés comme propagande pro-esclavagiste, tout en examinant minutieusement les sources du XIXe siècle, mobilisées quant à elles comme propagande anti-esclavagiste.[31] Or, c'est précisément dans ces textes du XIXe siècle qu'apparaissent de plus en plus fréquemment des liens généralisateurs entre Arabes et Islam, dans le cadre du projet abolitionniste de réforme morale chrétienne d'une Afrique jugée arriérée – la soi-disant « mission civilisatrice ».[32] Si les implications du discours abolitionniste pour l'histoire africaine moderne dépassent le cadre de cet article,[33] l'essentiel demeure : les partisans de la thèse de la traite arabe des esclaves méconnaissent cette influence sur la cohérence définitionnelle même du terme et se trouvent ainsi dans l'incapacité d'en dépasser les limites pour écrire une histoire globale de l'Afrique depuis la perspective des Africains eux-mêmes.

Traduit de l’anglais par Sophie Schrago

[1] Cet article a été publié initialement dans la revue américaine Research Africa Reviews au en été 2020, sous le titre « ‘Arab-Islamic slavery’: a problematic term for a complex reality». Mathews, N. (August 2020). Research Africa Reviews 4(2) : 6-11. https://sites.duke.edu/researchafrica/files/2020/08/1-4-Arab-Islamic-Slavery-2020.pdf.

[2] Dahlia E. M. Gubara, “Revisiting Race and Slavery through ‘Abd al-Rahman al-Jabarti’s ‘Aja’ib alathar’,” Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East 38.2 (August 2018): 230–245. Voir aussi Gubara, “Review of Terence Walz and Kenneth Cuno Race and Slavery in the Middle East: Histories of Trans-Saharan Africans in Nineteenth-Century Egypt, Sudan and the Ottoman Mediterranean.” Der Islam 88.1 (2012): 205–7. Le débat n’a rien de nouveau: en témoigne par example l’échange entre Bethwell Ogot and Ali Mazrui dans Al Amin Mazrui and Willy Mutunga (eds.) Debating the African condition: Ali Mazrui and his critics (Trenton, NJ: Africa World Press, 2004).

[3] Pour des critiques antérieures, voir : E. Ann McDougall, “Discourse and Distortion: Critical Reflections on Studying the Saharan Slave Trade.” Outre-Mers. Revue d’histoire 89.336 (2002): 195–227; Rudolph Ware III. “Slavery in Islamic Africa, 1400-1800,” in David Eltis and Stanley Engerman (eds.) Cambridge World History of Slavery, vol. 3 (Cambridge: Cambridge University Press 2011); Hisham Aidi. “Slavery, Genocide and the Politics of Outrage: Understanding the new Racial Olympics.” MERIP 234 (Spring 2005); Mohamed Bakari, “Review: John Alembillah Azumah The Legacy of Arab-Islam in Africa: A Quest for Inter-Religious Dialogue.” Journal of Islamic Studies 14.3 (September 2003): 381- 87.

[4] Plutôt que « transsaharien », voir McDougall, 196 ; Ware, « Slavery in Islamic Africa », 53.

[5] Gubara, “Revisiting”, 231; Ware, 52-3; Mohamed H. Mohamed, “Africanists and Africans of the Maghrib I: Casualties of Analogy.” Journal of North African Studies 15.3 (août 2010): 349-374, 365; Hisham Aidi, Marc Lynch and Zachary Mamphilly (eds.) “And the Twain Shall Meet: Connecting Africa and the Middle East,” in Africa and the Middle East: Beyond the Divides, POMEPS Studies 40 (New York: Columbia University SIPA, June 2020): 1-82, 8.

[6] M.H. Mohamed, “Africanists and Africans of the Maghrib II: casualties of secularity.” Journal of North African Studies 17.3 (June 2012): 409-431, 428.

[7] Cette expression est tirée de l'article d'Annie Olaloku-Teriba, “Afro-Pessimism and the (un)logic of anti-blackness” http://www.historicalmaterialism.org/articles/afro-pessimism-and-unlogic-anti-blackness, qui analyse les travaux de Frank Wilderson.

[8] Abdullah Hamid Ali, The ‘Negro’ in Arab-Muslim Consciousness (Swansea: Claritas Books, 2018), 172; voir également Haroon Bashir, “Black Excellence and the Curse of Ham: Debating Race and Slavery in the Islamic Tradition.” ReOrient 5.1 (1er octobre, 2019): 92–116, 101 and passim.

[9] Rudolph Ware, “Slavery in Islamic Africa”, 53

[10] John Phillips, “Some Recent Thinking on Slavery in Islamic Africa and the Middle East.” Middle East Studies Association Bulletin 27. 2 (1993): 157-62, note que dès 1990, une conférence organisée à Kaduna, au Nigeria, sur l'esclavage dans le monde, a recommandé de ne pas qualifier la traite des esclaves au Moyen-Orient d'« islamique », car cette appellation n'est pas plus précise que l'utilisation du terme « chrétien » pour décrire l'esclavage dans les plantations du Nouveau Monde. Pour un résumé de la conférence, voir John E. Phillips. “World Conference on Slavery and Society in History, organisé par Arewa House, Ahmadu Bello University, Lugard Hall, Kaduna, Nigeria, March 1990”. https://www.jstage.jst.go.jp/article/ajames/6/0/6_KJ00004403539/_pdf

[11] Ware, “Slavery in Islamic Africa”, 55 soutient que l'esclavage est avant tout une institution socio-économique, plutôt que religieuse ; pour des arguments similaires, voir Barbara Fields “Slavery, Race and Ideology in the United States of America.” New Left Review 1.181 (May/June 1990): 95-118; Ibrahim Sundiata, “Twentieth Century Reflections on Death in Zanzibar.” IJAHS 20.1 (1987): 45-60, 45-49; Robert Harms replace ces arguments dans leur contexte pour l'étude de l'esclavage en Afrique, "Slave Systems in Africa." History in Africa 5 (1978): 327-35.

[12] See Fred Cooper, “The Problem of Slavery in African Studies.” Journal of African History 20.1 (1979): 103-125, 105-106, pour la justification de l'utilisation du terme « esclave » de préférence à d'autres termes occidentaux comme « captif » ou « serf ».

[13] La Mauritanie a officiellement aboli l'esclavage en 1981. Pour un aperçu des débats sur l'abolition de l'esclavage dans le monde musulman au XIXe siècle, voir Amal Ghazal “Debating Slavery and Abolition in the Arab Middle East: Between Muslim Reformers and Conservatives” in Behnaz Mirzai, Ismael M. Montana and Paul E. Lovejoy (eds.) Islam, Slavery and Diaspora (Trenton, NJ: Africa World Press, 2009). Comparez une interprétation plus optimiste de l'abolition de l'esclavage en Islam, présentée par Jonathan Brown dans son ouvrage Slavery and Islam (Londres : Oneworld, 2019), chapitres 5 et 6, avec une interprétation légèrement plus pessimiste proposée par Bernard Freamon Possessed by the Right Hand: The Problem of Slavery in Islamic Law and Muslim Cultures (Leiden: Brill, 2019), chapitre 9.

[14] Khaled Esseissah, “Paradise Is Under the Feet of Your Master: The Construction of the Religious Basis of Racial Slavery in the Mauritanian Arab-Berber Community.” Journal of Black Studies 47.1 (2016): 3-23, 9

[15] Gubara, 235-6; David R. Goodman, “Demystifying ‘Islamic Slavery’: Using Legal Practices to Reconstruct the End of Slavery in Fes, Morocco.” History in Africa 39 (2012): 143–174, 153.

[16] Pour en savoir plus sur l'ethnicité et l'esclavage à La Mecque et à Médine, voir Hend Gilli-Elewy, “On the Provenance of Slaves in Mecca during the Time of the Prophet Muhammad.” International Journal of Middle East Studies 49 (2017), 164-168; Ghada Osman, “Foreign Slaves in Mecca and Medina in the Formative Islamic Period.” Islam and Christian-Muslim Relations 16.4 (Octobre 2005): 345–59. Pour les transformations de l'esclavage sous les Abbassides, voir Freamon, Possessed, 194-205. Pour des études récentes sur la révolte des Zanj contre les Abbassides, voir Abdul Sheriff, “The Zanj Revolt and the Transition from Plantation to Military Slavery.” CSSAAME 38.2 (août 2018): 246-260.

[17] Freamon, Possessed, 85-87; Hannah Barker. That Most Precious Merchandise: The Mediterranean Trade in Black Sea Slaves, 1260-1500 (Philadelphia: UPenn, 2019).

[18] Jonathan Brown, Slavery and Islam, 124-146.

[19] Gubara, 237; Saleh Trabelsi, “Eunuchs, Power and Slavery in the Islamic World” in Gwyn Campbell and Elizabeth Elbourne (eds.) Sex, Power and Slavery (Athens: Ohio University Press, 2014), 541-557, 554.

[20] William McKee Evans affirme, avec quelques nuances, mais sans guère de contexte historique, que les musulmans vivaient dans des « sociétés stratifiées sur le plan racial ». Evans, “From the Land of Canaan to the Land of Guinea: The Strange Odyssey of the ‘Sons of Ham’.” The American Historical Review 85.1 (February 1, 1980): 15–43, 31, 42.

[21] Gubara, 237 ; Tout bien considéré, on pourrait préférer l'interprétation de Gubara à celle d'Evans (du moins pour Le Caire) pour la simple raison que l'article d'Evans s'appuie largement sur des traductions d'autres auteurs ainsi que sur des sources secondaires allemandes, françaises et italiennes, tandis que Gubara lit attentivement et traduit directement à partir d'une source primaire écrite par un habitant du Caire, dans la langue de l'époque.

[22] Voir par example Chancellor Williams, The Destruction of Black Civilization: Great Issues of a Race from 4500 BC to 2000 AD (Chicago: Third World Press, 1974), 158. Pour en savoir plus sur les relations de propriété limitées et l'esclavage, voir Thomas Kelley, “Unintended Consequences of Legal Westernization in Niger: Harming Contemporary Slaves by Reconceptualizing Property,” American Journal of Comparative Law 56.4 (Fall 2008): 999-1038, 1028; John Thornton. Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400-1680 (New York: Cambridge University Press, 1992), 74.

[23] Pour l'esclavage, la race et l'État en Éthiopie, voir Mekuria Bulcha, The Making of Oromo diaspora: A Historical Sociology of Forced Migration (Minneapolis: Kirk House Publishers, 2002); Wendy James and Donald Donham. The Southern Marches of Imperial Ethiopia: Essays in History and Social Anthropology (Athens, OH: Ohio University Press, 2002); Abbas H. Gnamo, Conquest and Resistance in the Ethiopian Empire, 1880–1974: The Case of the Arsi Oromo (Leiden: Brill, 2014)

[24] Gwyn Campbell, Africa and the Indian Ocean World: From Early Times to Circa 1900 (New York: Cambridge University Press, 2019, 218-225.

[25] Des travaux récents de Paul Lovejoy soulignent que les djihads ont contribué à « protéger » certains Africains de la traite négrière transatlantique. Jihad in West Africa During the Age of Revolutions (Athens, OH: Ohio University Press, 2016). Un argument similaire est avancé pour les empires plus anciens ; voir Jeffrey Fynn-Paul “Empire, Monotheism and Slavery in the Greater Mediterranean Region from Antiquity to the early Modern Era.” Past & Present 205 (November 2009): 3-40.

[26] Gubara, 242; Phillips, 158; Ware, Slavery in Islamic Africa, 65-66; voir aussi Ware, “Slavery and Abolition in Islamic Africa, 1776-1905,” in Cambridge World History of Slavery vol. 4 (Cambridge: Cambridge University Press, 2017), 344-371.

[27] Ironiquement, l'une des premières victimes américaines d'un crime de haine après le 11 septembre a été un homme sikh, Balbir Singh Sodi, pris à tort pour un musulman. Pour en savoir plus sur l'impact de la « guerre contre le terrorisme » sur la perception des Somaliens au Kenya, voir l'ouvrage de Keren Weitzberg, We Do Not Have Borders: Greater Somalia and the Predicaments of Belonging in Kenya (Athens, OH: Ohio University Press, 2017), 167-174

[28] Gubara, 233; Junaid Rana, “The Racial Infrastructure of the Terror-Industrial Complex.” Social Text 129 34.4 (Dec 2016): 111-138.

[29] Thomas E.R. Maguire, “The Islamic Simulacrum in Henry Louis Gates Jr.’s ‘Into Africa’.” West Africa Review 1.2a (2000). On peut citer, par exemple, l'accueil favorable réservé par la presse française à la dénonciation de l' « esclavage arabo-musulman » par Tidiane Ndiaye dans son ouvrage Le Génocide Voilé, peut-être en partie grâce à l'utilisation intensive de récits de voyage français et autres européens des XVIIIe et XIXe siècles. Voir la critique du livre par Moritz Behrendt, “Selective Theses on the Arab slave trade”, https://en.qantara.de/content/tidiane-ndiayes-the-veiled-genocide-selective-theses-on-the-arab-slavetrade. Le simulacre est également une arme rhétorique dans les polémiques entre chrétiens et musulmans dans les États africains postcoloniaux comme le Nigeria, voir Samaila Suleiman, “The Dangers of History” https://dailynigerian.com/the-dangers-of-history-a-rejoinder-to-abdulbasit-kassim-by-dr-samailasuleiman/; voir aussi la critique originale stimulante Abdulbasit Kassim, “Edward Colston, History Wars and the Legacies of Slave Owners In Nigeria” https://opinion.premiumtimesng.com/2020/06/13/edward-colston-history-wars-and-the-legacies-ofslave-owners-in-nigeria-by-abdulbasit-kassim/.

[30] Brown, Slavery and Islam, 204, 395n18; Lamin O. Sanneh, “Slavery and Islam.” Historically speaking 8, no. 6 (2007): 20–21; Bakari, “Review”, 384.

[31] Pour une analyse de l'utilisation des récits de voyage par les écrivains du XVIIIe siècle pour soutenir un programme pro-esclavagiste, voir : George E. Boulukos, “Olaudah Equiano and the Eighteenth-Century Debate on Africa.” Eighteenth-Century Studies 40, no. 2 (2007): 241-55. Pour une analyse critique du genre du récit de voyage en tant que source historique, voir Gérard Chouin, “Seen, Said, or Deduced?: Travel Accounts, Historical Criticism, and Discourse Theory: Towards an ‘Archeology’ of Dialogue in Seventeenth-Century Guinea” History in Africa 28 (2001), 53– 70.

[32] Gubara, 242; McDougall, 197; Boulukos, 247.

[33] Voir Jonathon Glassman, “Racial Violence, Universal History and Echoes of Abolition in Twentieth Century Zanzibar” in Derek R. Peterson (ed.) Abolition and Imperialism in Britain, Africa, and the Atlantic (Athens, OH: Ohio University Press, 2010), 175-206.